« Wulu »
Regard critique d’un cinéphile
« Wulu »,
premier long métrage du réalisateur malien Daouda Coulibaly traite de
différents thèmes de société. Projeté dans le cadre de cette 25e
édition du FESPACO, un cinéphile donne son appréciation.

Le regard d’un enfant mal
né (comme la plupart) qui a appris très tôt, et apprend à chaque instant, à
survivre : faire le dos rond face à l’injustice –norme sociétale -,
comprendre les yeux dans les yeux, au-delà des paroles, dans le rapport
physique instinctif, sociétal…observer la déliquescence sociale qui rend vaine
la rage de survivre, de « gagner » …. Physiquement et mentalement
fort.
L’arrière fond culturel
du Ntomo est campé intelligemment dès le début du film pour nous placer dans la
« peau » du personnage au plan psychique, dans une compréhension du
fonctionnement de la société au travers des repères emblématiques que sont les
figures de comportement des animaux de références : le lion, le crapaud,
le serpent, la pintade, le chien = « Wùlu ».
La boucherie humaine
est également efficacement relayée par les scènes « parallèles »
d’abattoirs des bovins.
Magnifiques prises de
vue, montage d’une grande efficacité, en font un film convaincant pour dénoncer
le pourrissement de la société malienne, et montrer du doigt les germes du
terrorisme malien.
Une réserve chez moi
néanmoins, mais peut-être que les choses ont énormément changé au Mali depuis
2008 : la rue reste crédible, vraie, crue, comme dans mon souvenir, mais
la « haute société » déshabillée des bazins… ? identiques à
celles d’Abidjan…l’absence totale de vie religieuse, de la prière….. j’ai du
mal à croire à cela, en ce « vide » de la vie effectivement réglée
par la religion au Mali, et cela fait perdre de la crédibilité sociétale au
film, pour moi.
Au Mali (et souvent
ailleurs aussi en Afrique sub-saharienne, ce sont les imams qui sont les
« marabouts » du « maraboutage », qui donnent l’eau
« traitée traditionnellement » pour se doucher, et boire, pour
éloigner le mauvais sort…qui sont les syncrétismes de l’islam et des rites
animistes.
Un beau film à voir
sans hésiter, même s’il donne l’impression d’avoir été écrit « sur
dossiers » et non par un connaisseur du creuset culturel malien, moulant
l’alliage consubstantiel de la société, fait de cet animisme initiatique très
vivant et de la religion d’Etat, et investi par le rêve d’accès à la solution à
toute misère : le fric. Les ressorts sociétaux sont cela et ne sauraient
être dissociés.
Lucien
Humbert
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