10 oct. 2014

Tamani d’Or 2014 : Une part contributive à la paix au Mali



Tamani d’Or 2014

Une part contributive à la paix au Mali

Les Tamani d’Or se succèdent mais ne se ressemblent pas. Deux ans après que le tapis rouge de cette manifestation majeur soit plié pour des raisons liée à la crise qui secoue le pays, l’édition 2014 ne pouvaient pas passer inaperçue. En effet, pour cette édition de relance des trophées de la musique malienne, qui s’est tenue du 21 au 27 septembre 2014, l’accent a été mis sur la paix et la réconciliation nationale. Une édition spéciale de ce festival qui a permis, outre les prix décernés à certains artistes, de récompenser les principaux artisans de paix de Kidal à Bamako.


Des formations à l’intention des journalistes culturels, des soirées de spectacles, mais surtout une rencontre de présentation et d’échanges avec tout le staff de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) voilà, entre autres les grands axes qu’ont emprunté la 10e édition des Tamani d’Or. Le Mali, faut-il le rappeler, est en crise depuis mars 2012  et des actions sont menées de partout pour ramener la paix et la stabilité dans ce pays. Les trophées de la musique du Mali, du promoteur
Le promoteur
Fousséni Jean William Traoré, se veulent donc un cadre de promotion de cette paix tant recherchée.

En effet, tout au long de la manifestation, les différents messages à travers les allocutions des officiels ou les prestations des artistes sont allés dans ce sens. «Après deux années d’interruption nous avons tenu à organiser cette 10e édition pour apporter notre contribution au retour de la paix dans notre chère Mali», a expliqué le promoteur. Le ministre de la Culture, N’Diaye Ramatoulaye Diallo, pour sa part, a indiqué que les Tamani sont une aubaine dans la mesure où ils participent à la valorisation de la culture. Or «la paix et la réconciliation sont une priorité dont la culture doit se faire l’écho et le vecteur». Même son de cloche pour les artistes Abdoulaye Diabaté, Haïra Harby,
Fantani Touré et bien d’autres, qui n’ont pas manqué d’appeler à la paix et à la réconciliation.

Des soirées hautes en lumière et en sons pour le retour des Tamani

Outres les différentes rencontres et les ateliers de formations à l’endroit des journalistes culturels maliens et des artistes, les soirées au bord du fleuve Djoliba étaient bien arrosées de belles lumières et de bonnes prestations artistiques. Regroupant des artistes venus du nord au sud et de l’est à l’ouest du Mali, les rendez-vous du village du festival, situé dans l’enceinte du palais de la Culture Amadou Hampâté Ba, n’étaient pas du tout boudés. Faiseurs de rap, de coupé décalé ou de la musique du folklore mandingue ou touareg, tout les goûts étaient servis à côté de la bonne gastronomie que savent bien faire les femmes du pays de Modibo Keita. Avec notamment la station panafricaine au cœur des grands évènements Radio Afrika de notre confrère Mory Touré l’ambiance était partagée par tous. Les amoureux de la musique sénégalaise ou burkinabè n’étaient pas reste. Les artistes
Awetou
Awétou et Flèche ont représenté valablement le pays des Hommes intègres. Toute chose d’ailleurs qui leur a permis de se faire remarquer positivement et de s’ouvrir des portes vers d’autres manifestations d’envergures.

Les lampions se sont éteints sur les Tamani 2014 et les regards sont désormais tournés vers les prochaines éditions, et surtout vers un véritable retour de la paix au Mali afin d’assister à une renaissance des activités culturelles.

Jérôme William Bationo
De retour de Bamako

5 oct. 2014

Saison culturelle au Goethe Institut : Le «Contes à Rebours» avec Mariam Koné

Saison culturelle au Goethe Institut

Le «Contes à Rebours» avec Mariam Koné

La saison culturelle au Centre culturelle allemand, le Goethe Institut, reprend du service. Le jeudi 18 septembre 2014 a consacré la reprise des activités artistiques dans le jardin de l’institut à travers une soirée de contes. Organisée pas la compagnie Arts en Intersection et intitulée «Contes à rebours», c’est la conteuse burkinabè Mariam Koné qui a donné le top de départ.

Après un mois de vacances, le Goethe Institut de Ouagadougou a de nouveau ouvert ses portes. Les amoureux de l’art germanique en particulier et les passionnés de la culture en général seront dès lors servis. Pour planter le décor, place a été faite au conte burkinabè avec la Compagnie Arts en Intersection. Avec son activité «Conte à rebours» c’est la conteuse Mariam Koné qui a été invitée sur les planches du Centre culturel allemand. Dans un décor créé pour la circonstance, après s’être entretenue avec le public, l’artiste a offert un beau spectacle pour cette rentrée culturelle.

Mariam Koné, bien connue comme comédienne et conteuse burkinabè, dans ses prestations, parle des femmes, des enfants, de la nature et de la liberté. Elle se dresse contre les injustices, s'amuse des prétentieux et enseigne par le conte les valeurs humaines et celles de sa tradition de la région San. «Les contes et les légendes prennent une grande place dans l'histoire et la culture africaine. Les contes enseignent et guident nos pas, ils sensibilisent, éduquent et nous dictent la morale», fait-elle savoir. C’est dans l’optique de vulgariser davantage cet art et de le rendre accessible au public que la Compagnie Arts en Intersection produit régulièrement des spectacles de contes.


Jérôme William Bationo

«Les quatre saisons d’une femme» : Les caprices d’Yveline Tropéa

«Les quatre saisons d’une femme»

 Les caprices d’Yveline Tropéa

Fruit d’un processus de création minutieux et original, les toiles d’Yveline Tropéa, essentiellement brodées, évoquent des planches anatomiques. A travers «Les quatre saisons d’une femme», l’artiste donne à découvrir des productions audacieuses, voire capricieuses, depuis le samedi 20 septembre 2014 sur les murs de la rotonde de l’Institut français de Ouagadougou.


Avec une série de petits mais aussi de grands formats brodés, Yveline Tropéa, artiste contemporaine française résidant au Burkina Faso, offre un espace pictural assez particulier. Principalement, dans ses tableaux, mélangeant caprices de la nature et sa propre fantaisie d'artiste, elle crée des compositions autant incohérentes qu’oniriques. Fruit d’un processus de création minutieux et original, les œuvres d’Yveline Tropéa requièrent des dessins préparatoires peints sur la toile avant d’être brodés. Véritable mosaïque de couleurs, au sein de l’exposition qu’elle propose à la rotonde de l’Institut français, se mêlent des portraits féminins, des tartes et autres formes de pâtisserie.


Avec ces tableaux, faites de broderies sur toile, l'artiste invite le visiteur à se prêter aux jeux visuels, à voyager et à décoder les éléments du «répertoire anatomique», des scènes peuplées de personnages, d'animaux, de motifs, comme autant de petits paysages, de gâteaux et de tableaux insérés dans la toile.
«Tout est parfaitement lisible ; et si le sentiment d'étrangeté voire de fascination-répulsion renvoyant à des images morbides plutôt éloignées de nos cultures occidentales peut primer, le dépaysement vient immédiatement contrebalancer l'état de découverte. Le regardeur reste fasciné par la splendeur de la palette, pantone géant, explosion de couleurs, fantaisie d'une coloriste d'exception, qui enchante autant qu'elle fascine», disait à son propos le directeur artistique de la School Gallery de Paris, Olivier Castaing.
 
Yveline Tropéa, installée au Burkina Faso, s’exécute avec un groupe de brodeuses locales qui l’accompagnent dans son travail.

ses oeuvres, "autoportraits" comme le pense Marie Deparis-Yafil, dans lesquelles elle arbore les coiffures les plus extravagantes, compositions délirantes façon Marie-Antoinette, offrent, dans la profusion rococo des motifs et des couleurs, une manifestation de la plus absolue frivolité contre la plus certaine vacuité, du jeu contre le sérieux de la vie, de la démesure contre la misère.

Planches anatomiques, têtes brodées comportant des fruits ou d’animaux, tableaux allégoriques ; s'agit-il là d'images cryptées ? Cela véhicule-t-il un sens ou relève-t-il d'une simple fantaisie ironique ?


Jérôme William Bationo

Papus : «...on serait tous des requins»



Ismaïla Zongo dit Papus

«...on serait tous des requins»

Producteur-manager, depuis peu au petit écran, il porte plusieurs casquettes, on peut le dire. Surnommé «Le commandant» Papus, comme l’appelle le grand public, dans cette entrevue qu’il a accordée à L’Obs. Dim dans  les nouveaux locaux de sa structure, Merveilles Production, retrace son parcours et donne les grandes lignes de l’émission Café, qui change de nom et dont il est l’animateur. A travers les lignes qui suivent, Ismaïla Zongo répond également sans ambages aux «spéculations» et aux dires qui fusent à son sujet.


Comment se porte Papus ?

Je vais bien. Certes en plein déménagement, mais je vais bien.


Qui es-tu pour ceux qui voudraient mieux te connaître ?

Je suis Ismaïla Zongo à l’état civil, Papus pour tout le monde, producteur, manager, éditeur et également dans la communication.


Peux-tu nous faire un bref aperçu de ton parcours ?

Très tôt, j’ai commencé comme animateur radio-télé car étant très passionné de ce domaine. Plus tard, en 1999, c’est une maison de disque, à savoir Seydoni Production,  qui m’accueille. Après 5 ans passés en tant que chargé de promotion artistique dans cette structure, je me retrouve à Tam-Tam Production pour 2 ans. Par la suite, j’ai créé ma structure, Merveilles Production. Au départ, c’était pour la production et le management des artistes, mais nous l’avons élargie pour la communication et la production d’émissions télévisuelles.


On te connaît davantage en tant que producteur-manager ; peux-tu nous dire davantage là-dessus ?

Avec l’expérience que j’ai acquise, mon métier de producteur se rapporte à celui d’une personne qui pense qu’un artiste a un potentiel ou un talent donné et elle s’engage à l’accompagner sur le plan financier avec la production, la promotion et la mise en vente de son œuvre. Pour ce qui concerne le travail de manager, il consiste en la gestion de la carrière d’un artiste ; pour ça je dirai que c’est beaucoup plus relaxe parce que j’ai maintenant des assistants.


En ce qui concerne la production et le management, ce domaine du show-biz où tu fais partie des pionniers, on entend très souvent dire que Papus est un de ces requins qui ne laisse pas de répit aux petits poissons, à savoir les plus jeunes qui arrivent dans ce milieu ; qu’est-ce-que tu réponds à cela ?

Il faut dire qu’il y a un certain fantasme quand on parle de notre milieu. De toute façon ce n’est pas moi qui vais l’arrêter. Ça fait partie du jeu, comme de la même façon on a une vue des hommes politiques quand on est en dehors de la politique. Avant tout, nous sommes des hommes et des femmes qui ont une passion et qui ont envie de faire ce métier avec assez d’amour. Cependant, c’est un boulot qui nécessite qu’on s’impose une certaine rigueur de même qu’aux autres. A mon niveau, c’est ce que j’essaie de faire. Cependant, à travers le mot requin je ne sais pas ce que les gens pensent. Veulent-ils dire que nous sommes des exploiteurs ou que nous sommes des gros gabarits ? Dans tous les cas, je tiens à dire que si c’était si facile de prendre un artiste et d’en faire un succès, on serait tous des requins. Il y a un travail à faire en amont et en aval, déceler un talent et croire en lui. Ça peut marcher comme ça peut ne pas l’être aussi. Quand ça va, tant mieux. Il y aura des gens pour dire que vous êtes bien et d’autres non. Quand c’est le contraire, c’est tout seul que vous vous prenez le poing dans la gueule.


Tu as parlé tantôt d’exploiteurs ; il est également ressorti que tu es «trop gourmand» dans ta répartition des revenus avec les artistes ; dans quelle fourchette se situent tes taux de redistribution ?

(Rires). Je n’ai pas besoin de vous dire les taux que j’applique. Le règlement est clair par rapport aux taux. Comme le disait quelqu’un, 90% de 0 franc c’est 0 franc. Le plus important ce n’est pas le taux, mais ce qu’on gagne par rapport au volume de ce qu’on apporte. Plus le gâteau est grand, plus la part est grande. Des artistes sont venus me dire, «Papus, je suis prêt à t’accorder une bonne partie des mes revenus». Si vos revenus ne représentent rien, ça ne sera rien. Ce n’est pas ça le débat. Je vous informe que le manager d’Elvis Presley ponctionnait plus de 60% de ses revenus, mais cela n’a pas empêché Presley d’être un homme riche. Cela dépend de ce que le manager investissait dedans aussi. Donc, les gens ne peuvent pas discuter de ce que nous gagnons s’ils ne savent même pas ce que nous investissons. Nous ne sommes pas les seuls à faire du business dans le pays. Quand vous allez acheter du riz ou du ciment vous ne leur posez pas ces questions. Je crois que c’est aux artistes qui travaillent avec moi d’en juger mais pas au public. Si c’était facile de prendre un pourcentage et de se faire des sous, j’allais prendre beaucoup d’artistes, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas.

En parlant de nombre d’artistes, combien en comptes-tu dans ton écurie ?

J’en ai en termes de management et de production. Les deux confondus, je travaille avec une dizaine d’artistes environ.

Tu es membre du commissariat général des Kundé ; en quoi consiste exactement ton travail dans cette organisation, et, que dis-tu à ceux qui pensent que tu es juge et partie, vu que des artistes de ton écurie y sont constamment nominés ou en prestation ?

Mon rôle est de conseiller et de faire des suggestions sur un certain nombre d’aspects. Pour ce qui concerne les règles et les critères, ça ne relève pas de mes compétences. S’il y a un jugement sur le plan artistique à donner, même dans le contenu de la soirée, sur le conducteur ou sur les artistes qui vont prester, je suis sollicité. Je ne suis pas un maître à penser. On estime que je connais le paysage musical du Burkina Faso et que ma parole peut servir. Je donne donc mes avis. Je ne suis pas en rapport avec le jury et n’interviens aucunement sur les nominations. Je dis donc que c’est un faux procès de penser autrement.

Tu es le promoteur de «Café» sur la chaîne nationale. Eclaire-nous sur le sujet.

C’est un concept qui m’est venu à l’idée parce que je me suis dit qu’il y avait beaucoup d’hommes et de femmes au Burkina sur lesquels on dit bon nombre de choses mais qu’en réalité on connaît peu. Au travers de cette émission, «Café», qui dure 1h-1h15mn, c’est donc une occasion de leur donner la parole devant un public. Mais dans une sorte d’exercice pas si évident, où la parole est libre, avec des questions libres et souvent embarrassantes, pour leur permettre de s’exprimer sur certains points. Dès le premier numéro, on a vu l’engouement et on a compris qu’il y avait des gens que le grand public aimerait entendre. C’est un plateau plein de chaleur, avec un public jeune capable de décrypter les discussions, loin d’un débat académique.

Cependant, certaines personnes voient en cette émission un «ring de clash» où les gens viennent se régler les comptes…

Il y a effectivement cette manière de voir la chose, car beaucoup de personnes étaient réticentes à participer à Café quand on leur a fourni des invitations. Plus tard, elles ont été rassurées quand elles ont vu des numéros. Je le dis encore, je n’ai pas de leçons à donner à quiconque. Quand on recevait, en exemple, To Finley Kwamé, les étudiants qui constituaient le plateau se posaient bien de questions, mais ç’a été l’une des meilleures émissions de Café. On a discuté ce jour avec un homme qui a parlé avec beaucoup de franchise. Et qui nous a permis de voir son parcours en tant qu’individu ; c’était vraiment émouvant. C’est ce que nous voulons montrer à Café, le parcours humain des gens pour que la nouvelle génération puisse s’en inspirer. Le Café permet de lever un coin de voile sur des choses que l’on croyait connaître sur des personnes. Nous avons reçu également le défunt Amadou Balaké et bien d’autres. C’est bien loin d’être un ring, encore moins pour des clashs. Café c’est pour mettre en valeur des gens.

En résumé, que peut-on retenir comme but visé par l’émission Café ?

C’est de valoriser davantage les gens. De mettre l’humain sur une sorte de piédestal pour que ça serve aux plus jeunes. Pour que ça serve d’expérience à ceux qui aspirent à un parcours brillant, à ceux qui veulent être des leaders demain. Nous ambitionnons surtout montrer des modèles de réussite.

Cette émission a-t-elle contribué à donner une autre image de ta personne, vu que beaucoup te connaissaient seulement en tant que manager ?

(Rires). On dit souvent qu’en apparence je ne suis pas quelqu’un de facile d’approche. Ça me fait rigoler vraiment.  Parfois je me mets devant une glace et je me demande qu’est-ce qu’elle a, ma tronche. Mais je comprends. Des fois vous renvoyez une image aux gens qui ne reflète pas votre personnalité. On essaie à travers notre boulot ou nos contacts de tous les jours, de mieux se faire connaître. Ce que les gens doivent retenir de Papus, c’est que c’est une personne qui a envie de partager ce qu’elle a au fond d’elle. Beaucoup de gens me le rendent bien et c’est l’occasion pour moi de dire merci à tous ceux qui nous soutiennent dans ce sens, mes partenaires et aussi la télévision nationale. Même s’il y a des difficultés, surtout sur le plan financier, on est gonflé à bloc ; on se bat pour que ça continue.

En termes de bilan, que peut-on retenir 2 ans après le début de Café ?

Tout d’abord ç’a apporté quelque chose de nouveau dans le paysage de la télévision. On a reçu des dizaines
de stars d’ici et d’ailleurs, des Antilles au Cameroun en passant par la Côte d’Ivoire. En termes de bilan, j’avoue qu’on ne savait pas que ça allait prendre autant. Le capital sympathie de cette émission nous a franchement étonnés. On croyait certes en notre concept, mais l’élan que ça a pris nous rassure et nous interpelle quant au challenge à relever pour la suite. En même temps on lance un appel à tous nos partenaires et aux sponsors à nous soutenir davantage car sans le nerf de la guerre, on ne pourra rien faire malgré nos idées.

Des perspectives ou des innovations…

Le Café change de nom et deviendra Le Grand Café avec plus de public. Plus grand en termes d’espace, de chaleur ou d’applaudissements et d’ambiance. Les rubriques seront toilettées et je suis à la recherche d’un co-animateur ou d’une co-animatrice mais aussi de nouvelles têtes pour les chroniques.

Il y a actuellement cette guéguerre concernant la promotion de la musique burkinabè  et aussi les protagonistes entre live et play-back ; dans quel camp te situes-tu ?

Je veux faire partie des faiseurs et non des diseurs. Il est très facile de dire, mais beaucoup plus difficile de faire. Je suis dans l’action, même s’il est nécessaire des fois de s’arrêter pour parler. Quand on part d’un point A pour un point B, on se dit déjà qu’on a fait du chemin, c’est le constat que je fais. Le verre à moitié vide, le verre à moitié plein. En ce qui concerne le verre à moitié vide, on a toujours besoin de hisser la musique burkinabè au plan international mais, avant, au plan national, qu’en est-il ? C’est la question qui mérite d’être posée d’abord. Tant que nos radios et nos télévisions ne reflèteront pas notre musique, il y aura toujours un problème. Ça sera utopique de ma part de dire que je vais révolutionner les choses. J’apporte ma pierre et c’est ce que je fais déjà avec mes productions. Chacun à son niveau peut et doit agir. Maintenant, le verre à moitié plein, il faut dire qu’il y a des références qui circulent, on parle moins d’Alif Naaba, de Victor Démé ou de Bil Aka Kora, pourtant ils tournent. A l’heure où je vous parle (Ndlr : l’entretien a eu lieu le vendredi 19 septembre 2014), Floby est en tournée aux USA puis en Europe pour 2 mois. Il ne faut pas cracher dans la soupe. Il y a des choses qui marchent et il faut le reconnaître.

On le sait bien, tu contribues à l’éclosion d’une industrie musicale au Burkina Faso ; on se rappelle encore des artistes que tu as révélé tels que Floby ou Wendy ; que gardes-tu comme souvenirs de tout ce travail ?

Beaucoup d’émotion ! Au stade où sont certains, je suis heureux pour eux. Floby a un brillant parcours. Je me souviens encore du temps où il était encore hésitant, un peu frileux mais vrai dans le fond. Surtout son humilité, ça m’a beaucoup marqué. C’est d’avoir la conviction de ce qu’on fait, de prendre patience.

Des regrets…

On dit que tout ce qu’on n’a pas pu réaliser devrait nous propulser. Des fois un mot mal placé, un geste qu’on interprète autrement. C’est regrettable. C’est dommage si on n’a pas été compris. Pour le reste, on a fait des choses avec une ultime conviction qu’on pensait être de bon choix ; et comme je n’ai pas la science infuse, je suis un être humain, forcément avec des défauts. Donc quelques fois on peut avoir mal fait des choses en croyant bien les faire.

As-tu une adresse particulière à l’endroit du public et des mélomanes ?

C’est leur dire tout d’abord de croire en la musique burkinabè. Ce qui fait la force d’une nation, c’est sa culture. Je pense que notre culture et notre peuple sont formidables. Ça arrive avec toute la force. Aussi, on a une nouvelle génération qui ne veut pas se laisser faire. Pour ma part, tant que Dieu me donnera la force pour proposer quelque chose qui fera révolutionner les choses, je le ferai. Je profite de l’occasion aussi pour vous dire merci ainsi qu’à L’Obs. Dim, également à tous ceux qui me soutiennent et qui aiment l’émission Café.

Jérôme William Bationo