20 mars 2014

Une nuit à la présidence

Quand le théâtre se frotte à la politique et s'y consume?

La scène de théâtre peut-elle être une tribune politique ? Le théâtre peut-il parler la langue de bois du politique sans prendre son âme ? Réponse à partir d’Une Nuit à la Présidence de Jean-Louis Martinelli.

Gide disait que l’on ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments. Cela vaut aussi pour le théâtre au regard du gâchis qu’est Une nuit à la présidence de Jean-Louis Martinelli. Et pourtant, tout était réuni pour un spectacle total. La plupart des comédiens travaillent avec le metteur en scène depuis qu’il a entamé son expérience théâtrale en Afrique : Odile Sankara, Moussa Sanou, Blandine Yaméogo.

Son succès est due à une recette qui consiste à marier le texte dramatique aux chants et musiques d’Afrique sous la conduite du grand musicien Ray Lema. Avec Médée de Max Rouquette, le metteur en scène français a réussi une œuvre magistrale avec Odile Sankara donnant à la princesse éconduite la folie et la douleur nécessaires à cette double infanticide pour la hausser au niveau des monstres au théâtre. Les chœurs bambara des femmes rythmant la montée de la tragédie sont aussi une belle trouvaille.

Dans Une Nuit à la Présidence il s’agit de faire le procès des pouvoirs politiques en Afrique à travers la participation d’un groupe de jeunes musiciens au diner organisé par le Président et sa femme en l’honneur d’un investisseur français. La boisson aidant, in vino veritas, les langues vont se délier et faire le procès de la gestion du pays. Martinelli reconduit la recette qui fit ses succès ultérieurs. Casting de mêmes comédiens à quelques exception près, et musique et chants avec Bil Aka Kora et Wendy sous la conduite de Ray Lema. Et une scénographie très proche de Médée : la grille de fer de Médée  est remplacée ici par un voile transparent rendant  les acteurs visibles depuis les coulisses.

Et cependant cela ne fonctionne plus. La magie n’opère pas. Il y a une belle brochette de comédiens, de la musique et des chants, des lumières et du mouvement mais le théâtre s’est absenté, volatilisé. Et ce pour plusieurs raisons. Martinelli a voulu se passer de texte d’auteur et a bâti sa pièce autour des improvisations de ses comédiens. De sorte que le texte est indigent, les mots de tous les jours se promènent sur scène sans en avoir revêtu le costume.

Le metteur en scène a oublié que le théâtre ne peut s’emparer des brèves de comptoirs et des bons mots de la rue  sans les passer à la moulinette de l’écriture dramatique, car la scène n’est pas la rue. Ainsi le célèbre discours de Thomas Sankara à l’OUA, converti en chant par Bil Aka Kora, perd de sa force politique sans faire  un beau chant ! Ce qui n’est aucunement  la faute du chanteur, car ce discours aurait pu être fredonné  par Las Callas avec tous les préalables du bel canto, le résultat n’aurait pu  être autre que ce long intermède d’ennui.

En outre, Martinelli a voulu parler de politique africaine sans en comprendre  les enjeux ni maîtriser les subtilités. Aussi les lieux communs et les clichés fleurissent-ils  sur les lèvres des comédiens dès qu’ils ouvrent la bouche. Cette pièce se veut une critique des pouvoirs africains. Soit ! Mais elle verse rapidement dans la caricature, ce qui  dessert  le propos. Tous les personnages sont des blocs monolithiques, sans fêlure, sans nuances.

Autant le Président est un bouffon n’ayant même pas la subtilité d’ Ubu Roi de Jarry ; autant Aminata, la ministre rebelle campée par Odile Sankara qui est un clone de l’ancienne ministre de la culture du Mali et militante altermondialiste Aminata Traoré, a la rigidité d’une statue. L’ex-ministre aurait participé à l’écriture du texte et Martinelli tenait apparemment à en faire une statue d’engagement et un parangon de vertu.

Libre à lui d’être thuriféraire de la dame mais le spectateur ne vient pas au théâtre pour s’agenouiller devant des idoles d’une autofiction théâtrale il y vient pour voir des humains agir. Regarder des hommes et des femmes pris dans les rets de la vie et qui s’agitent, se jettent dans l’action avec leurs forces et leurs faiblesses. Pourtant, il n’y a pas d’humains dans cette pièce. Les personnages sont des blocs de sottise (le Président, La Première dame, l’Invité occidental) et une déesse (La ministre) qui observe le monde avec morgue, juchée sur son piédestal.

Une Nuit à la Présidence est un Titanic; on y entre en espérant une croisière de  rêve et dès qu’il a appareillé, c’est  le naufrage…Tout se désagrège et va à vau-l’eau.

Pour conclure, il faut dire que le matériau politique peut et doit inspirer le théâtre, car c’est l’art le plus éminemment politique. Mais il s’agit de transformer le matériau politique en matière dramatique par les ressources de l’art mais non d’une transposition brute. Si on peut discuter de l’existence de l’art brut en peinture, au théâtre il n’est pas de doute qu’il n’existe. On convoque souvent Brecht pour justifier les engagements au théâtre, mais on oublie que c’est par son esthétique théâtrale et non par son engagement marxiste que Brecht est grand.

Si Martinelli est un africaniste, ce dont il ne faut point douter, il peut rendre service au continent autrement. D’ailleurs, en travaillant avec des comédiens et des musiciens africains, il contribue au développement du théâtre. Il serait heureux qu’il  s’y tienne et laisse la harangue politique à ceux dont c’est le métier! Car en se piquant de nous balader dans les arcanes de la politique en Afrique à partir d’improvisations, Une Nuit à la Présidence tend aux Africains une image boursouflée d’eux-mêmes. Ce qui n’est certainement pas son intention.

Saïdou Alcény Barry

18 mars 2014

" Les arts du spectacle face au défi du numérique"



Retour sur les rencontres professionnelles du MASA

Le rendez-vous des arts du spectacle africain d’Abidjan en marge des différentes prestations a accordé une part belle à la réflexion. Placé sous le thème «Les arts du spectacle face au défi du numérique», la 8e édition du MASA a permis de se pencher, à travers des rencontres professionnelles, sur une question qui y va, de nos jours, de la compétitivité des artistes africains et de leurs créations sur le plan international.

 

De plus en plus de créateurs choisissent d’intégrer le numérique à leurs démarches artistiques non seulement comme moyens de création mais également de diffusion. Ainsi, loin d’être une simple concession à la modernité, l’irruption du virtuel a fait naître sur scène une certaine poésie, elle offre des possibilités de collaborations artistiques jadis inenvisageable et s’impose comme un canal majeur de diffusion de la création. En exemple, des musiciens peuvent de nos jours enregistrer un album sans se rencontrer ou plutôt on peut suivre en direct un spectacle qui se passe ailleurs en restant sur sa chaise. A travers les rencontres professionnelles du Marché des arts du spectacle africain (MASA), il était surtout question de présenter et d’analyser les changements de normes et de stratégies que le développement des technologies de l’information et de la communication amènent dans les différents secteurs de la musique, de la danse, du théâtre, du conte, de l’humour, etc. Dans les interventions des uns et des autres, qui devaient esquisser des pistes communes à la hauteur du défi du numérique pour les industries créatives en général, et pour les arts de la scène en particulier, si certains acteurs culturels sont très favorables à la nouvelle donne qu’offre cette science des techniques, d’autres n’hésitent pas à manifester leurs inquiétudes, au nombre desquels la reine mère Werewere Liking du village Kiyi ou Guiomar Alonso, chef unité Culture du bureau régional de l’Unesco. L’intrusion du numérique dans les arts du spectacle a induit de nouveaux modes de consommation des produits de création et cela n’est pas sans incidence sur l’économie de la culture en général mais aussi sur la législation qui doit s’adapter afin de garantir aux créateurs, notamment africains, des retombées à la hauteur de leur travail. Pour Etienne Minoungou, premier responsable des Récréâtrales au Burkina Faso, si l’Afrique a été devancée sur l’utilisation des TICs il ne faudra pas qu’elle perde dans la proposition du contenu. Issa Ouédraogo, administrateur du Carrefour international de théâtre de Ouagadougou (CITO), pour sa part a fait savoir que «quoiqu’on dise, on a besoin de cet outil pour véhiculer ce que nous faisons. Quand tu crée un spectacle, même si tu na pas les moyens pour sa diffusion tu peux le mettre sur internet ; il ya des avantages mais aussi des inconvénients et chacun va l’utiliser en conséquence». On peut retenir que de ces différentes rencontres, les interrogations suscitées vont dans le sens de : quelles nouvelles opportunités économiques représente la révolution numérique pour les arts du spectacle ? Quels sont les défis engendrés par ces opportunités ? Quelles législations peut-on envisager pour concilier les droits du créateur, du public et des opérateurs numériques ? Des questions, à notre sens, qui ne sauraient trouver de réelles réponses actuellement quand on connaît les réalités ou plus encore les préoccupations de nos populations en Afrique.

Jérôme William Bationo

Le village Opéra de Laongo



Une œuvre de «caractère»

Situé à une trentaine de kilomètres au nord-est de la ville de Ouagadougou, le Village Opéra de Laongo ne cesse de se transformer en un cadre de rêves pour plus d’un. Certainement, comme l’avait voulu son géniteur, Christophe Schligensief. Devant abriter à terme une école, un centre sanitaire et une salle de théâtre, c’est une œuvre de cœur mais aussi de «caractère» que l’initiateur du projet a voulu laisser à la postérité.

 

Le palais des festivals est un projet qui tenait fortement à cœur à Christoph Schlingensief, artiste et célèbre metteur en scène allemand. Ayant vu la pose de sa première pierre à Tambi-Yargo, bourgade située dans la localité de Laongo, à quelques kilomètres de Ouagadougou, le Village Opéra est enfin une réalité. Les infrastructures pour ce projet, principalement une école, un centre sanitaire et une salle de théâtre, en quatre années, malgré le décès de leur initiateur, ont poussé comme des champignons. La nouvelle école attire non seulement les villageois et leurs enfants, mais aussi des touristes étrangers. Le centre sanitaire est en achèvement ainsi que d’autres ouvrages. C’est ainsi que Christophe Schlingensief concevait les choses, peut-on dire. En effet, le défunt metteur en scène souhaitait encourager les échanges culturels entre l’Afrique et l’Europe. Ainsi devront naître dans le village de Laongo une école, des infrastructures dévolues à l’art et à la musique, notamment des studios d’enregistrement, un restaurant, un hôpital et un théâtre pouvant accueillir 600 personnes. Le site, inauguré en février 2010, avait vu le début des travaux juste quelques temps après, grâce à des subventions publiques et privées, auxquelles ont contribué le Goethe-Institut et le ministère fédéral des Affaires étrangères.

Un site qui résiste malgré la disparition de son géniteur

À la mort de Christoph Schlingensief le 21 août 2010, quelques mois après le lancement des travaux,
sa veuve, Aino Laberenz, a poursuivi le projet avec son équipe et continue à superviser la construction du Village Opéra. Conçu par Francis Kéré, architecte burkinabè résidant en Allemagne, il est d’un coût estimé à plus de 1,5 milliard de francs CFA, soit environ 2,4 millions d’euros. Le site est implanté sur un terrain d’une superficie de cinq hectares et, malgré les difficultés qui pouvaient naître pour son exécution suite à la mort de Christoph, il a commencé à abriter une école pour 150 enfants et jeunes, des puits et des plaques solaires, un dispensaire, et bientôt le grand théâtre avec des salles de répétitions, une maison pour les hôtes, des ateliers pour des cours de musique et de réalisation de films, etc. Les travaux continuent grâce à l’abnégation de la veuve de Schlingensief, au soutien de bonnes volontés et celui des autorités allemandes. Outre la main d’œuvre qu’occasionnent les travaux, on peut dire que le Village Opéra, en survivant à la disparition de son géniteur, est en train de devenir une référence sous-régionale et une grande fierté pour le Burkina.

Jérôme William Bationo

" Un artiste qui n'arrive pas à se vendre deviendra un clochard"


Prosper Tiendrebéogo, directeur des arts plastiques et appliqués

«Un artiste qui n’arrive pas à se vendre deviendra un clochard»

Créée il y a peu de temps, la Direction des arts plastiques et appliqués (DAPA) du ministère de la Culture et du Tourisme du Burkina Faso contribue à sa manière à l’émergence du secteur des arts plastiques, encore très peu connu dans notre pays. Pour en savoir davantage sur cette nouvelle direction, ses attributs et ses ambitions, nous sommes allé à la rencontre de son premier responsable.

 

Qui est Prosper Tiendrebéogo, pour nos lecteurs qui le découvrent ?

Je suis Prosper Tiendrebéogo, Directeur des arts plastiques et appliqués (DAPA) au ministère de la Culture et du Tourisme du Burkina Faso. Je suis chargé de mettre en œuvre la politique nationale en matière d’arts plastiques et appliqués.

Pouvez-vous nous présenter davantage votre structure, la DAPA ?

La Direction des arts plastiques et appliqués (DAPA) est une nouvelle direction née de la scission d’une Direction générale, à savoir celle des arts de la scène, des arts plastiques et appliqués. Elle existe depuis début 2012. Les autorités en charge de la culture veulent mettre l’accent sur certains aspects des arts plastiques, d’où la naissance de cette direction. Elle a en charge un certain nombre d’actions telles que la favorisation de la création artistique, l’aide à la structuration de cette filière et à la professionnalisation de ses acteurs, la promotion au Burkina et en dehors puis la consommation des œuvres d’arts.

Quel est l’état des lieux du secteur des arts plastiques au Burkina Faso ?

On peut dire que c’est un secteur qui a des difficultés mais qui a de l’avenir car il est en train de
grandir dans notre pays. Longtemps marginalisés, les arts plastiques regorgent pourtant de grands hommes, notamment des artistes qui sont souvent plus connus à l’extérieur que dans notre propre pays. Une étude a montré que c’est un secteur qui crée beaucoup d’emplois et qui apporte de la plus-value dans les industries culturelles créatives.

Quelles sont les formes d’art que l’on classe dans ce domaine ?

Il faut dire que les frontières à ce niveau sont souvent un peu vagues pour beaucoup de personnes.

On essaie de mettre en parallèle des aspects liés à la plasticité, que nous comprenons, des pratiques artistiques qui, elles-mêmes se sont enrichies d’autres apports. On peut dire que les arts plastiques impliquent ce qu’on appelle les belles formes. Il s’agit de ce qu’on peut modeler pour donner une forme d’un point de vue artistique. Cependant, il faut reconnaître que les choses ont beaucoup évolué ce qui amène à parler souvent d’arts visuels. L’œuvre d’art, c’est celle qui exclut ce qui n’a pas une certaine cohérence esthétique. L’artisanat est plutôt inné, c’est ce qu’on confectionne à partir du vécu. Chez nous ici, par exemple, les chapeaux de Saponé sont des œuvres artisanales mais il y en a qui sont devenus des œuvres d’artisanat d’art car ayant été améliorés avec  des décors et une certaine dextérité dans le complément de l’objet premier.

On parle également d’art composite, qui ne fait pas l’unanimité au niveau même des artistes ; qu’en est-il exactement ?

Le terme art composite n’existe pas en tant que tel. Il a été forgé au Burkina Faso. Il n’est pas exclu que dans l’évolution de toute chose il soit forgé à un moment donné certains concepts. C’est dans le souci d’intégrer de nouvelles formes de créations que cette expression est arrivée à la Semaine nationale de la Culture (SNC). On a constaté qu’en matière d’art il y avait des ajouts, on pouvait avoir par exemple au niveau de la peinture des apports qui donnaient du relief. Ainsi, lors d’une rencontre de réflexion sur la SNC, le terme a été retenu pour prendre en compte ces créations.

Il existe plusieurs associations d’artistes plasticiens pour le même secteur ; quels sont vos rapports avec celles-ci et comment appréciez-vous cela ?

Le nombre d’associations montre qu’il y a un certain dynamisme ; mais il faut dire aussi qu’il y a des défaillances qui sont constatées dans leurs structurations, leurs fonctionnements et même leurs gestions. C’est souvent entre les mains d’une seule personne, à savoir celle qui a eu l’idée de création de l’association, ce qui ne manque pas d’engendrer des problèmes de transparence et des polémiques par moments, entraînant du coup un mauvais fonctionnement. Une des actions de notre direction c’est d’amener toutes ces associations à être de plus en plus professionnelles pour leur permettre de faire des activités et d’exposer leurs œuvres plus facilement, contrairement à ce qui se passe actuellement. Nous voulons mettre bientôt en place une agence de financement des activités artistiques ; l’organisation de ces structures sera donc déterminante pour leur accompagnement.

Quel regard portez-vous sur les différentes créations des artistes burkinabè ?

J’ai un regard  très positif en matière de création artistique dans notre pays, surtout dans le domaine de la peinture. Il y a un certain nombre d’artistes qui sont très connus, à l’image de Christophe Sawadogo, d’Ahmed Ouattara, d’André Sanou, etc. Dans la sculpture, des noms tels que Siriki Ky, Jean Luc Bambara, Sambo Boly et bien d’autres voyagent beaucoup ; et les artistes, on peut le dire, vivent pleinement de leur art. La photographie, le design et les autres arts jouissent aussi d’une bonne réputation. Cependant, il faut noter qu’il y a un tassement dans certaines disciplines. A force de ne pas sortir du pays pour partager d’autres expériences, les artistes font pratiquement les mêmes choses, ce qui joue aussi sur l’écoulement de leurs œuvres. De nos jours, on peut voyager sans se déplacer, à travers internet et diverses documentations. Ça permet d’aérer l’esprit et d’aller plus loin dans la création. Les jeunes qui viennent d’arriver sont à majorité autodidactes mais ils sont talentueux.

Le problème de la promotion des arts plastiques se pose ; cependant, à part le Centre national d’artisanat d’art (CNAA) et le Village artisanal de Ouagadougou (VAO), les espaces ne sont pas assez suffisants pour la diffusion des œuvres ; qu’est-ce qui est prévu à votre niveau ?

Une chose est de créer et une autre est de diffuser. Je le dis souvent, un artiste qui n’arrive pas à vendre deviendra un clochard ; car s’il crée des œuvres et qu’il n’arrive pas à trouver un espace de diffusion, ça sera dommage.  Nous avons certaines structures, comme le Goethe Institut ou l’Institut français, qui donnent l’opportunité par moments à travers les expositions ; malheureusement, il n’y a pas assez d’espaces de diffusion et de promotion. Certains restaurants ou maisons d’hôtes acceptent des expositions, mais ce ne sont pas des endroits de légitimation des arts. A notre niveau, nous avons décidé d’amener l’art vers le public, ce qui nous a permis de faire des expositions avec une soixantaine d’œuvres dans différents ministères et institutions. Nous pensons cette année aller dans des endroits comme les hôpitaux ou les prisons. Nous prévoyons également la construction d’une galerie, avec toutes les commodités, qui sied et ça devrait coûter environ 300 millions de francs CFA.

Entrant toujours dans le cadre de la promotion des arts plastiques, il faut noter l’absence de professionnels tels que les agents d’artistes, les commissaires d’expositions, les journalistes spécialisés et/ou critiques, les curateurs, etc. Que fait votre direction pour pallier cela ?

Nous félicitons déjà les quelques journalistes que vous êtes qui s’intéressent au secteur qui, nous le savons, ont aussi besoin de se former, de se frotter à d’autres professionnels à travers le monde. Il y a des activités comme la biennale de Dakar où on devrait pouvoir envoyer quelques-uns d’entre vous par exemple. Notre souhait est que les gens embrassent un certain nombre de professions pour compléter tous les maillons de la chaîne. C’est un domaine porteur et nous n’hésitons pas à encourager le public à s’y investir. Nous allons initier des rencontres avec les professionnels pour voir dans quelles mesures le ministère de la Culture pourra accompagner les différents acteurs.

Avez-vous une adresse particulière à l’endroit de nos lecteurs ?

Tout d’abord vous dire merci et particulièrement à inviter le public à s’investir davantage dans les arts plastiques ; aussi aux potentiels mécènes de donner la chance à ce secteur afin de le faire rayonner au plan international, car on a de talentueux artistes ici au Burkina Faso.

Jérôme William Bationo

7 févr. 2014

La perte d'un "Révélateur"

Cheick Nadro
La perte d’un «Révélateur»

Frédéric Bruly Bouabré s’en est allé. Le dessinateur et poète ivoirien est décédé le mardi 28 janvier 2014 à son domicile à Abidjan à l’âge de 91 ans. Avec la mort de celui qui se faisait appeler «Cheik Nadro» c’est une grande source de «révélation» qui tarit. Inventeur d’un alphabet nouveau, avec son style d’écriture l’artiste a impacté le monde de l’art contemporain.

Frédéric Bruly Bouabré est né en 1923, à Zéprégühé, près de Daloa, dans le centre de ce qui était alors qu’une colonie de l'Afrique occidentale française (AOF). Engagé dans la marine durant la seconde guerre mondiale, il pratique ensuite divers métiers au Sénégal et en Côte d'Ivoire, et devient fonctionnaire, commis aux écritures pour la ligne ferroviaire Dakar-Niger. A la suite d'une « révélation divine » qu'il reçoit en songe le 11 mars 1948, il se consacre à donner à l'Afrique une écriture entièrement africaine. Cette vision va directement influencer sa vie et son œuvre. C'est aussi à partir de ce moment-là qu'il se fait appeler «Cheik Nadro» («le Révélateur» ou «celui qui n'oublie pas»). Mais dessinateur et poète ne sont, à son propos, que des mots insuffisants car son œuvre de plusieurs milliers de dessins, ne se voulait rien moins que l'invention d'une écriture nouvelle et universelle à la fois. Bruly Bouabré a ainsi créé un syllabaire composé de 448 signes désignant chacun une syllabe. Ce syllabaire porte le nom d'alphabet Bété, du nom de l'ethnie dont il est originaire. Il reproduit l'ensemble des syllabes sur des petites cartes en carton. Pour la création de son syllabaire, il s'est inspiré de figures géométriques découvertes sur des pierres d'un village du pays bété. Utilisant cette écriture, il a retranscrit des contes, des textes de la tradition bété et des poèmes. Ses recherches seront publiées pour la première fois en 1958 par Théodore Monod, explorateur et scientifique français. Egalement, pour la première foi, ses œuvres fouleront le sol du Vieux continent en 1989 lors de l'exposition « Magiciens de la terre ». A partir de cette date, les expositions s'enchaînent pour lui, de Berlin et Francfort en 1993 jusqu'à la Tate Modern à Londres en 2010, en passant par plusieurs présentations à Paris. Quant aux expositions collectives, elles font de lui l'un des premiers artistes africains contemporains dont la création se soit trouvée sans cesse confrontée à celles de ses homologues occidentaux. Biennales de Venise en 1995 et 2013, une participation pour laquelle le célèbre critique Yacouba Konaté disait en mai 2013 qu’elle est «l’équivalent de la coupe du monde pour les artistes plasticiens ». De Sydney en 1996 et 1998 à Sao Paulo en 1996 et 2012 en passant par Dakar en 1998 et Istanbul en 2001, la Documenta XI de Kassel en 2002 et Moscou en 2009, la liste est longue. En 2006, le Mamco (Musée d’art moderne et contemporain) de Genève lui a même consacré une exposition intitulée «Connaissances du Monde». S'y ajoutent les expositions dédiées à l'art actuel en Afrique, dont Out of Africa à Londres en 1992 et Africa Remix à Paris en 2005, et sa grande présence dans des collections privées majeures notamment celles de Jean Pigozzi, d'André Magnin, de François Pinault et de la Fondation Zinsou, qui lui consacrait une salle lors de l'inauguration de son musée à Ouidah en novembre dernier. Ainsi, c’est après avoir parcouru le monde que feu Bruly Bouabré a déposé pour toujours le pinceau et la toile, dira-t-on, lui qui était connu dans le monde de l’art pour ses dessins  au stylo à bille et aux crayons de couleur.
Jérôme William Bationo

3 févr. 2014

Mort de Frédéric Bruly Bouabré

Disparution d’un arnaqué de l’art contemporain


Frédéric Bruly Bouabré n’est plus. Ce vieil homme restera l’exemple des dérives de l’art contemporain africain. Imposé par les instances de l’art contemporain comme artiste dessinateur, il fut en réalité un penseur prolifique. Un tour de force qui questionne la valeur des artistes contemporains.

Le mardi 28 janvier 2014, Frédéric Bruly Bouabré s’est éteint à Abidjan à l’âge de 90 ans! Emballement des radios internationales et des journaux français d’un côté, mutisme et silence gêné du côté de la presse du continent. Bien qu’il soit l’un des artistes africains les plus connus sur la scène internationale de l’art, ce nom-là évoque peu de choses chez  la plupart des Ivoiriens et des Africains. S’il fut un artiste méconnu des siens, ce n’est point  du fait que nul n’est prophète en son pays mais parce que lui-même ne se pensait pas comme artiste. Il est une victime (consentante ?) d’un hold-up qui braque un penseur pour l’introduire de force dans le milieu de l’art contemporain.
Frédéric Bruly Bouabré  est connu dans le monde de l’art pour ses dessins  au stylo à bille et aux crayons de couleur  sur des cartons de petites dimensions. Ces cartons sont invariablement composés d’une figure centrale, d’un texte qui le borde et d’un liséré de couleur. C’est l’Exposition «Les Magiciens de la Terre»,  organisée à Paris,  qui le révéla sur la scène de l’art et, depuis,  ses dessins ont été exposés sur tous les continents et dans les plus grands musées et les galeries qui comptent le plus sur la planète. Au regard de ce parcours, on pourrait conclure qu’il est un artiste majeur de l’art contemporain.
Mais, tout n’est pas si simple. L’homme ne s’est jamais pensé en artiste, il se voulait chercheur, anthropologue,  philosophe, linguiste, poète. Perspectives de l’art contemporain en Afrique de Joelle Busca  décrit l’arnaque dont le penseur fut victime. «Je voulais être Victor Hugo, on me prend pour Delacroix», confessa-t-il.
En effet, Bruly Bouabré fut un chercheur qui, convaincu que sa culture risquait de se perdre dans les plis du temps parce que non écrite,  allait toute sa vie recueillir, classer, archiver des savoirs de sa communauté  dans tous les domaines : philosophie, conte, poésie, science, etc. Encyclopédiste, ll rédigea une centaine de manuscrits dans les domaines les plus divers.
En 1956, il inventa une écriture constituée de 449 signes pour transcrire le bété et, partant, toutes les langues. D’ailleurs en 1958, Théodore Monod publie ses travaux sous le titre : «Un nouvel alphabet ouest-africain : le bété».
Il a associé le dessin à son travail d’écriture ; celui-ci  servit d’illustration. Et c’est ces dessins qui seront arrachés de l’immense œuvre de recherche  et imposés à la face du monde comme expression artistique. C’est par un heureux hasard qu’André Magnin, qui parcourt le continent à la recherche de nouveaux artistes africains, tombe sur les dessins de Bruly Bouabré et décide d’en faire des œuvres d’art, érigeant l’homme en artiste, occultant du même coup sa dimension de savant. Rétif au début, le vieil homme entrera dans le jeu, mi-amusé au début, mi-amer à la fin. Du moment que dans ce poker menteur la cagnotte aligne des chiffres  à donner le vertige. Des millions vous tombent dans les mains…
Dans sa biographie On ne compte pas les étoiles, il confie son amertume : «Ma vie est celle d’un chercheur non reconnu parce que non connu…Si je devais avoir des élèves, ce serait pour l’alphabet que j’ai inventé.» Il ne défend pas son testament d’artiste, il défend le seul travail qui vaille chez lui : son travail de chercheur.
Le prix de ses dessins, qui sont déjà fortement valorisés et monétisés, continuera à grimper. Comme les marchands d’art ont trouvé dans ce travail de recherche, qui a très peu  à voir avec la création artistique, une mine… d’art ou, disons plutôt, une mine d’or, le système continuera à faire monter la cote de l’artiste disparu. Le cas de Bruly Bouabré pose la question de l’artiste africain sur la scène internationale. Vaut-il pour la qualité de son œuvre ou pour ce que les instances de légitimation voudront bien y voir ?  C’est à se demander si quelque chose a vraiment changé depuis l’époque où  on exhibait l’Homme africain  dans les Expositions coloniales en le faisant passer pour un sauvage. Aujourd’hui, le mensonge continue  mais avec l’artiste contemporain. On fabrique de toutes pièces et on impose des artistes qui n’en sont pas. Bruly Bouabré était bien plus qu’un artiste, il était un authentique  savant. Espérons que son œuvre reprendra un jour sa vraie place dans le monde de la pensée africaine.

Saidou Alcény BARRY


31 janv. 2014

Burkinacahierculture: Plus de 2000 visiteurs en 7 mois

Votre blog Burkina Cahier Culture à enregistré à ce jour plus de 2000 visiteurs.

Créée en octobre 2012, mais n'ayant pas pu être alimenté comme il se devait, votre vitrine de la culture burkinabè a réussi à attirer une petite attention des internautes avec à ce jour plus de 2000 visiteurs en 7 mois d'activités.

Il faut noter que ces visiteurs viennent du Burkina Faso et du reste du monde. Burkina Cahier Culture aura également permis à des artistes d'être contacté à travers le monde grâce à nos publications. Des mérites qui vous reviennent à tous. Merci à tous ceux qui ont visité un jour cette plateforme.

L'administrateur

21 janv. 2014

"D'Ici" à Kall


Quand images et textes se rejoignent dans une unité dialectique
«D’Ici» est une collaboration artistique allemande entre un poète et un plasticien, ayant conduit à la production d’un livre ; les artistes sont au Burkina pour la présentation de ce projet. C’était le vendredi 17 janvier 2014, à travers une soirée d’illustration et de lecture, au Goethe Institut de Ouagadougou.

Entre écrits et belles illustrations, le tout orchestré entre Kall dans la région de l’Eifel en Allemagne de l’Ouest et Wemtinga à Ouagadougou, «D’Ici» est un projet artistique commun d’Andreas Erb, plasticien, et de Norbert Scheuer, écrivain. A travers des photos et des techniques de peinture, le plasticien établit avec ses collages une relation entre le Kall littéraire de l’écrivain et l’Eifel comme endroit réel ; en plus, il fait référence à d’autres localités du monde, notamment Wemtinga à Ouagadougou, par l’intégration d’autres images et matériaux. Comment un texte et des images peuvent se rejoindre dans une unité dialectique ? C’est la question donc à laquelle essaie de répondre cette production. Ainsi, Andreas Erb et Norbert Scheuer créent des œuvres qui se lisent aussi complètement qu’indépendamment les unes des autres, mais émeuvent par la nécessité de partager le même support, «D’Ici», un livre. La soirée qui a été consacrée à la présentation du document a été concomitamment animée par la lecture de quelques extraits de l’ouvrage et la présentation des illustrations qui, d’ailleurs, trônent toujours sur les murs du Goethe Institut pour le bonheur des visiteurs. De la traduction de la langue allemande au français par Martine Rémon, on peut se délecter de quelques beaux passages : «Les nervures d’une feuille d’érable, ombre et lumière, révélées par une goutte de pluie. Le souvenir d’une piqûre d’insecte, des traces argentées d’une limace, la première dorure sèche annonçant l’automne».
A la suite du vernissage «D’Ici», quelques artistes plasticiens et des écrivains ont été invités pendant une semaine à un atelier visant à établir une discussion sur l’idée, mais aussi sur les techniques appliquées dans l’œuvre. Comment les différentes disciplines d’art peuvent-elles se rejoindre ? Telle était la véritable interrogation de ces rencontres. Il faut dire que «D’Ici» augure d’une nouvelle forme de création aussi bien pour nos écrivains que nos artistes.
Jérôme William Bationo



Norbert Scheuer
 Né à Prüm (Eifel) et ayant grandi à Birresborn et à Keldenich dans l’Eifel, il vit à Kall. Après une formation comme électricien, il a étudié la physique, la philosophie, la sociologie, la pédagogie et l’histoire de l’art à Hagen, Bonn et Düsseldorf. Il travaille de nos jours comme ingénieur et écrit des poèmes et des romans. Pour ses écrits, il a reçu plusieurs prix ; entre autres, le Prix de la chaîne de télé 3Sat dans le cadre du concours d’Ingeborg-Bachmann en 2006 et le prix de la littérature de Düsseldorf en 2010. Pour son roman Überm Rauschen (Au-dessus du grésillement), il  a été sur la short list pour le Prix de livre de l’Allemagne (Deutscher Buchpreis) en 2009.


 
Andreas Erb
Il est né à Baden-Baden et a grandi à Madagascar et à l’île de la Réunion. Il a étudié la Germanistique, la criminologie et la philosophie de droit à Fribourg (Allemagne) et à Toulouse (France). Actuellement il travaille à l’université de Duisburg-Essen au département de la littérature allemande. Depuis 1994 il expose dans plusieurs sites en groupe ou individuellement.

13 janv. 2014

Les artistes Burkinabè retenus pour le MASA 2014


Onze(11) places pour le Burkina Faso

Prévu pour se tenir du 1er au 8 mars prochain en Côte d’Ivoire, le Marché des arts du spectacle africain (MASA) 2014 à travers son comité d’organisation a rendu public, le vendredi 10 janvier 2014, la liste des groupes et artistes retenus pour cette 8e édition. Sur plusieurs dossiers de candidature envoyés le Burkina Faso s’en tire avec 11 places de participation.

 

C’est un communiqué daté du 6 janvier 2014 et signé du Professeur Yacouba Konaté qui a rendu public la liste des heureux retenus pour la 8e édition du Marché des arts du spectacle africain (MASA). En effet, du  9  au  14  décembre  2013,  le  Comité  artistique  international  du  MASA  a  tenu  sa  2e  réunion technique. Il  a  analysé  491  dossiers  de  candidatures  parvenus  au  siège  du  MASA  selon  l’une  des  modalités suivantes : via le site internet, par dépôt physique ou par la poste. Les candidatures relevant des pays tels l’Allemagne, l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Brésil, le Burkina Faso, le Burundi, le Bénin, le Cameroun, le Cap-Vert, le Canada, la Centrafrique, le Congo Brazzaville, la Côte d’Ivoire, la France, le Gabon, le Ghana, la Guinée, la Guinée Bissau, Israël, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Kenya, le Togo, l’Ouganda, le Maroc, la Mozambique, le Rwanda, Sao-Tomé, le Sénégal, la Tunisie, les USA... A l’issue de ses travaux, le Comité artistique international a arrêté la liste des groupes sélectionnés qui se présente comme suit : 23 groupes en Musique, 20 en Danse, 14 en Théâtre, 3 en Conte, 2 en Humour, 1 en Art de la rue. Au  total,   63  groupes  représentant  486  artistes  dont  114  résidant  en  Côte  d’Ivoire  sont  inscrits dans la sélection officielle. Le Burkina Faso se retrouve à la deuxième place des pays sélectionnés, derrière le pays hôte, avec 11 places de participations.

 

Liste officielle des groupes ou artistes sélectionnés

Musique : Alif Naaba

Troupes de danses :

-          Compagnie mouvements perpétuels

-          Compagnie Tamadia

-          Compagnie Téguerer Danse

-          Compagnie Serge Aimé Coulibaly

-          Compagnie Samba

Conte : KPG

Humour : Cercle des arts vivants

Projet mixte : Hassane K. Kouyaté (France, Burkina Faso, Mali)

Théâtre :

-          Compagnie Déssir Collectif

-          Compagnie CITO

                                                                 Jérôme William Bationo

9 janv. 2014

"Sous le manteau islamique" de Mariam Ibrahim


Le « Djihad » d’un pinceau engagé

Originaire de Gao, un des bastions des mouvements islamistes de 2012 au Nord-Mali, Mariam Ibrahim Maiga est une artiste plasticienne. Venue au Burkina Faso en fin d’année 2013, dans le cadre d’une activité de l’Association internationale des plasticiennes d’Afrique sub-saharienne (AIPASS), elle dénonce à travers deux toiles intitulées « Sous le manteau islamique » les exactions commises par les différents mouvements durant de longs mois lors de la crise malienne.

 

Née en décembre 1986 à Gao (Nord-Mali) de parents songhaï, Mariam Ibrahim Maiga fait partie de cette nouvelle génération d’artistes plasticiennes africaines. Attirée très tôt par l’art contemporain, elle intègre dès 2007 le Conservatoire des arts et métiers Balla Fasséké Kouyaté dans la filière arts plastiques d’où elle sort munie d’un DESS. « Pour moi être plasticienne c’est embrasser l’art plastique sous toutes ses formes ; c’est pourquoi je fais la peinture, la vidéo, l’illustration et la photo », dit-elle. Ses deux œuvres qu’elle a présentées au public, à travers l’exposition de l’Association internationale des plasticiennes d’Afrique sub-saharienne (AIPASS), sont le fruit d’une résidence de création d’une semaine à Ouagadougou sur le thème « Regard de femmes ». Utilisant essentiellement de l’eau, de l’acrylique et du vernis dans ses productions, sur de la toile, dans un style figuratif, elle fait une caricature d’hommes en turban représentant des « djihadistes » qui, selon elle, se cachent sous un « manteau islamique » pour commettre des exactions dans la société et particulièrement sur les femmes avec pour conséquences de nombreux orphelins. Dans une mosaïque de formes, elle gribouille des signes, « insensés » comme elle le dit, qui sortent de la bouche de ces hommes et symbolisent cette tentative de modification des lois islamiques. Sur les deux tableaux de 100 sur 80cm, peintes en couleurs sombres où domine spécifiquement le noir, à travers des scènes de lapidations, des mains coupées, etc., Mariam Ibrahim dépeint la situation chaotique à laquelle ont été exposées de nombreuses populations par les groupes islamistes. Dans une forme d’expressionnisme, elle crie ses sentiments contre ces « terroristes » qui viennent, partout dans le monde, sous le manteau islamique pour commettre des crimes. « Ils se présentent comme des musulmans et disent vouloir défendre la cause de l’islam pendant que leurs actes sont à l’encontre de ce que dit le saint Coran. La charia est une loi divine et Dieu n’a nullement besoin d’homme pour la défendre », s’écrit-t-elle. Jeune artiste engagée, avec son pinceau, elle compte partir en « Djihad » avec son art pour une société plus libre. Quand une plasticienne va en guerre… sommes-nous tenté de dire. Outre ses activités de peintre, elle s’évertue également dans l’illustration de documents pour enfants. « L’art c’est ma vie », conclut-elle.



Jérôme William Bationo

 

Journées de promotion des industries culturelles et créatives



Médias et acteurs culturelles s’accordent…

Deux jours de colloque pour discuter de l’apport des médias dans la promotion de la culture burkinabè. Les 26 et 27 décembre 2013 ont en effet été consacrés aux journées de promotion des industries culturelles et créatives (JP-ICC) initiées, pour la première fois, par le ministère de la Culture et du Tourisme (MCT) à travers la Direction de la promotion des industries culturelles et créatives (DPICC). Echanges directs entre différents acteurs devaient en effet accoucher de pistes de solutions pour une meilleure promotion des industries culturelles.

 

La culture, secteur prioritaire au Burkina Faso ? Et pourtant le ministère en charge de la Culture est vraisemblablement le moins loti dans le budget de l’Etat. Des récriminations du genre «notre ministère est pauvre» sont tout le temps débitées et par le personnel dudit département et par les autres acteurs du secteur. Mais qui a dit que la culture ne fait pas rentrer des devises ? Dans un article paru dans La Tribune, un site d’information français, il est écrit : «La culture contribue 7 fois plus au PIB français que l’industrie automobile avec 57, 8 milliards d’euros de valeur ajoutée par an. Son coût total pour la collectivité approche 21,5 milliards d’euros». Qu’en est-il du Burkina Faso ? Selon le résumé de la Stratégie nationale de développement des industries culturelles et créatives (SND-ICC), du fait de son caractère transversal dans les secteurs de l’économie, la culture est un important facteur de dynamisation de l’économie nationale à travers sa participation à la création de revenus et d’emplois, ainsi qu’à l’entrée de devises.

La culture fait de nouveaux riches au Burkina Faso

«La contribution du secteur de la culture à la formation du revenu national est réelle. En 2009, la valeur ajoutée dégagée par les filières culturelles est estimée à 79,667 milliards de FCFA, soit 2,02% du PIB, réalisée au cours de ladite période», indique la SND-ICC. Les choses sont dites : la culture rapporte au pays, pas seulement de l’argent, mais aussi de l’emploi. Les entreprises culturelles emploient un nombre relativement important de personnes. 164 592 personnes, représentant 1,78% des actifs occupés en 2009 ont un emploi dans le domaine de la culture. En 2011, les importations de produits culturels atteignent 143 milliards de FCFA, en croissance de 6,4% par rapport à 2010. Cette valeur représente 8,2% de la valeur totale des importations officielles de biens au Burkina Faso la même année. En plus des enjeux économiques, le secteur comporte des aspects sociaux non négligeables, notamment la cohésion sociale et la paix, l’éducation à la citoyenneté et la régulation sociale.  C’est à ce titre que le Burkina Faso s’est doté de la Politique nationale de la culture (PNC) dont l’objectif vise à fonder l’avenir de la nation sur les valeurs et les réalités endogènes. «Elle propose de promouvoir le patrimoine culturel et la créativité artistique afin d’accroître la richesse nationale et de contribuer au rayonnement du Burkina Faso».

Les JP-ICC n’accoucheront-elles pas d’une souris ?

Boukary Ouédraogo, DPICC
Nombreux sont les défis qui minent le milieu. Au cours des JP-ICC, des stratégies ont été identifiées pour relever le défi de la structuration et du développement de l’économie de la culture. Il s’agit de la consolidation de la gouvernance et du climat des affaires culturelles, du renforcement des capacités productives des entreprises culturelles, de la dynamisation des outils de mise en marché et de l’amélioration de l’accès au financement. Le gros lot des propositions entrant dans le cadre de la promotion par les médias reviendra aux organes publics. Cependant, même si le ministre Baba Hama a promis de faire le point au gouvernement, il faut regretter l’absence des premiers responsables du ministère de la Communication à ces journées. Pour ce qui concerne le renforcement des capacités au sein de la presse de façon générale, au sortir de ces journées, les communicateurs et journalistes culturels pourraient se voir inviter à des formations sur des modules tels que la connaissance de la culture burkinabè ; les clés de lecture artistique et culturelle ; la familiarisation avec les outils et la chaîne de production culturelle  et sur des rappels quant à la déontologie mais aussi sur le traitement de l’information culturelle. Boukary Ouédraogo, directeur de la promotion des industries culturelles, et son équipe auront eu le mérite d’organiser un tel cadre d’échanges entre les acteurs, mais il faut pousser encore plus loin les initiatives et la réflexion afin d’insuffler réellement un vent nouveau au secteur de la culture. Nous y gagnerons tous.

Jérôme William Bationo

Lassané Ouédraogo