17 juil. 2013

Rencontre


Thekla Worch-Ambara, directrice du Goethe Institut

 «Ouaga 2013, notre meilleur chantier »

Installé au Burkina Faso depuis 5 ans, le Goethe Institut contribue à la découverte de la Culture allemande et au développement de la nôtre à travers plusieurs collaborations avec des structures locales et diverses activités, notamment des expositions, des projections de films, des soirées de spectacles, etc. Pour connaître davantage cette institution, nous sommes allé à la rencontre de la directrice de cet espace, Thekla Worch Ambara, le lundi 15 juillet 2013 à Ouagadougou.

 


Qui êtes-vous pour nos lecteurs ?

Je suis Thekla Worch Ambara, directrice du Goethe Institut, le Centre culturel allemand qui existe au Burkina Faso depuis 2008.

Comment pouvez-vous présenter davantage cette structure ?

Le Goethe Institut est une structure indépendante qui est chargée officiellement par l’Etat allemand de présenter l’Allemagne au niveau culturel à l’extérieur. Nous avons plusieurs domaines d’actions que sont la coopération culturelle entre notre pays et celui d’accueil, le volet apprentissage de la langue allemande à travers plusieurs activités, dont celle de la bibliothèque du département d’information. Au Burkina Faso tout n’est pas encore bien établi car ce n’est qu’un bureau de liaison pour le moment, qui a juste pour mission la promotion culturelle. Mais j’ai un collègue qui est basé au Mali qui s’occupe de la collaboration avec les établissements. Ici nous travaillons avec les lycées Bogodogo et Mixte de Gounghin à travers la formation des enseignants et bien d’autres activités pour favoriser l’apprentissage de l’allemand.

Quel est l’historique du Goethe Institut en Afrique ?

Le Goethe Institut a été fondé après la seconde Guerre mondiale avec pour but de promouvoir la culture allemande. Nous sommes présent en Afrique il y a plus de 50 ans, notamment dans des pays comme le Cameroun et le Ghana où nous sommes très bien structuré.

Vous êtes la deuxième responsable en 5 ans d’existence du centre au Burkina Faso; quelles sont vos réalisations jusque-là ?

Mon prédécesseur, Peter Stepan, s’était engagé beaucoup dans le domaine des arts plastiques au Burkina Faso et, depuis, je continue dans cette lancée à travers des partenariats avec différentes structures et des artistes individuels, ce qui a permis une certaine émergence de ce volet des arts ici. Il y a un grand dynamisme dans le secteur culturel au Burkina Faso, mais les arts plastiques ne sont pas jusque-là très bien connus comme le cinéma, le théâtre et d’autres arts ; c’est pourquoi on s’est engagé à soutenir ce secteur à travers des expositions, des formations, etc.

Comment se passe votre collaboration avec les autorités politiques du Burkina Faso, notamment avec le ministère en charge de la Culture ?

C’est une très bonne collaboration car on a été très bien accueilli et, à tout moment, elles nous accompagnent en venant assister à  nos évènements. Surtout avec notre projet « Ouaga 2013 » cette année, il y a le ministère de la Culture et du Tourisme avec son département des arts plastiques qui s’est intégré à la création et à la mise en place. Aussi, avec la mairie, nous avons une très bonne collaboration et j’en suis ravie.

Et avec les acteurs culturels dans l’ensemble ?

Nous aimerions bien qu’il y ait plusieurs collaborations ; c’est donc en échangeant avec les différentes structures et artistes qu’ensemble nous créons des projets ; que chaque structure puisse contribuer avec ses moyens. Il y a « Ouaga 2013 » où nous avons pu réaliser un projet en réunissant plusieurs partenaires à travers des discussions. Ce n’est pas toujours facile, mais ça vaut le coup d’intégrer les différents partenaires et de créer ces projets ensemble. Il faut toujours associer les acteurs locaux pour ne pas susciter des programmes qui n’ont aucun impact au Burkina Faso. Il faut avoir une vision qui soutient le développement du secteur, et ces échanges sont très importants.

Quels sont concrètement les acquis que l’on peut retenir ?

Il y a des acquis avec le Centre photographique de Ouagadougou (CPO), la structure Face-o-sceno et, sur le plan des arts plastiques, nous avons la fondation Bras-ouverts, Hangar onze, la villa Yiri suma, etc. Il y a également plusieurs partenariats qui sont là, avec l’association des conteurs et l’Ecole des ancêtres avec un projet régional, la Caravane du conte, qui a déjà eu lieu au Sénégal, au Togo et en Côte d’Ivoire ; cette année c’est au tour du Burkina Faso d’accueillir cet évènement en septembre prochain. C’est une activité qui a été créée en Côte d’Ivoire et notre partenaire au niveau local c’est l’Ecole des ancêtres, qui, d’ailleurs, a participé à l’édition dernière. Nous travaillons aussi avec l’espace Gambidi. C’est souvent des partenariats infrastructurels et, après, d’autres collaborations naissent.

Quel regard portez-vous de façon générale sur la Culture au Burkina Faso ?

J’ai un regard très positif sur la Culture burkinabè car je suis chaque fois impressionnée par le dynamisme et la diversité de la Culture et par l’engagement personnel des acteurs à travers leurs structures et leurs plans d’actions. Je trouve que beaucoup de choses sont très développées ici par rapport à d’autres pays de la région. Il y a le cas du Carrefour international de théâtre de Ouagadougou (CITO) qui a abattu un travail énorme pour avoir un public super et des pièces assez riches. Même en Europe avec le théâtre se pose la question de savoir comment avoir un public plus jeune ; mais le CITO l’a réussi et c’est formidable.

La Culture a été identifiée à travers la Stratégie de croissance accélérée pour le développement durable (SCADD) comme un pilier du développement ; que peut-on attendre de la Coopération allemande à travers le Goethe Institut pour l’atteinte de cet objectif ?

Je ne peux pas parler au nom de la Coopération allemande mais, pour le Goethe Institut, il faut s’attendre à l’appui dans une réflexion artistique. Comment l’art peut contribuer concrètement au développement ? Qu’au travers de ça qu’il y ait le développement du secteur économique, avec les pièces, les œuvres d’art, etc. Nous avons également, à travers les différents volets de notre centre, la possibilité de créer un réseau qui peut contribuer aux échanges pour un développement.

Quel bilan peut-on faire de ce premier semestre 2013 en termes d’activités de votre structure ?

Effectivement, avec la saison pluvieuse, nous sommes en pause ; nous avons eu notre dernière activité du semestre au village Opéra de Laongo. Jusque-là on a eu le projet « Ouaga 2013 », nos projections, qui vont d’ailleurs continuer en septembre ; plusieurs expositions ont eu lieu mais il y a beaucoup d’évènements qui sont en prévision. Avec « Ouaga Hip hop » on va abriter un évènement, en août on accueillera une compagnie de danse en collaboration avec le Centre de développement chorégraphique (CDC) La termitière, il y aura aussi la Caravane du conte dont j’ai parlé tantôt et le Carrefour des arts plastiques. Il sera donc difficile pour moi de faire un bilan maintenant, car il y a encore beaucoup d’autres évènements à venir. Ce que je peux retenir c’est le projet « Ouaga 2013 » où nous avons réussi un certain dynamisme de plusieurs structures.

Quelques journalistes ont bénéficié d’une formation sur la critique d’art en octobre 2012 à travers votre institut ; d’autres initiatives de ce genre sont-elles en prévision ?

Nous n’avons rien prévu de ce genre pour le moment mais nous y penserons.

Quelle est la part que vous accordez, dans vos activités, à la presse culturelle burkinabè?

On propose pour le moment des échanges avec les différents acteurs à travers nos évènements. Nous attendons que notre site se mette en place pour que nous puissions de plus en plus collaborer

Quelles appréciations faites-vous de la participation du public à vos différentes activités ?

Je suis satisfaite ; nous sommes dans une période où nous changeons les différents modules de nos activités qui sont de plus en plus hors du centre mais, dans l’ensemble, ça va. Nous envisageons aller à la rencontre des populations hors de la ville si nous trouvons des espaces appropriés qui ont les équipements adéquats. Néanmoins, il faut noter que notre emplacement en face de l’université permet à beaucoup d’étudiants de participer à nos activités.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la réalisation de vos activités ?

Il y a toujours de petites difficultés pour toute chose, mais en général ça va, il n’y a rien de majeur. Les Burkinabè sont ouverts que ce soit au niveau des expérimentations artistiques que d’autres aspects.

Vous êtes directrice de ce centre il y a de cela 1 an et demi ; comment se passe votre intégration ?

En tant que responsable du Goethe Institut il y a effectivement peu de temps, mais je connais le Burkina Faso depuis 2006 pour y avoir fait un stage aux Récréatrales. Ce qui est particulier ici, c’est que tous ceux qui passent une fois ont toujours envie de revenir, à cause de la chaleur humaine ; c’était également mon cas et j’ai eu la chance de revenir en tant que directrice du Goethe Institut. Mais, avant tout, cela je suis revenue plusieurs fois après mon stage. J’ai une petite vision du Burkina Faso qui me sert beaucoup dans mon travail. Je me sens très bien accueillie ici et je suis impressionnée de la manière que la population vit en harmonie malgré les diversités culturelles et religieuses. C’est vraiment merveilleux.

Votre coup de cœur pour la culture burkinabè ?

J’aime beaucoup le théâtre car j’ai étudié les arts dramatiques et j’ai travaillé aux Récréatrales. Ce qui, d’ailleurs, amène beaucoup de gens à me demander pourquoi je n’ai pas assez d’activités théâtrales. Mais  on est déjà sur une lancée que je ne veux pas interrompre. En dehors de la culture, il y a ce paysage hors de la ville qui me fascine énormément.

Quels sont les grands chantiers du Goethe Institut les années à venir ?

C’est d’abord continuer la démarche dans laquelle nous nous sommes inscrit avec les arts plastiques. Aussi, avec des projets comme « Ouaga 2013 », mener des réflexions pour évaluer l’impact de l’art dans l’espace public urbain car l’art ne se crée pas hors d’un contexte. Nous voulons en somme travailler à positionner l’art au Burkina Faso.

Une adresse particulière…

Tout d’abord je dis merci à votre journal et au public ; et je lance une invite à tous les Burkinabè à venir découvrir notre espace qui est ouvert à tous.

Jérôme William Bationo

Photographies à "Ouaga 2013"



« Zaka Flash », une exposition atypique

Le quartier Dassasgho de Ouagadougou abrite depuis quelques jours une galerie assez particulière. Installée par plusieurs structures sous la houlette du Goethe Institut, le vernissage de cette exposition de photographies « dans la rue » a eu lieu le samedi 6 juillet 2013.
 


C’est dans le cadre du projet « Ouaga 2013 » que « Zaka Flash » trône sur des murs de Dassasgho. Initiée par le Goethe Institut et le Centre photographique de Ouagadougou (CPO), cette exposition de photographies entre dans le cheminement des trois thèmes qui seront abordés au cours de cette année. En effet, le CPO, ouvert en février 2013, héberge depuis avril une série d’activités qui durera jusqu’à la fin de l’année. Le projet « Ouaga 2013 », artère principale de ces évènements, à travers des interventions artistiques et des débats autour des thèmes  « Hygiène et assainissement », « Le quartier Dassasgho » et « La mobilité à Ouagadougou », essaie d’élaborer de façon cohérente une vision du futur de la capitale burkinabè et de jeter un regard interrogateur sur le développement de l’assainissement dans celle-ci. C’est une initiative de recherche et d’expérimentation interdisciplinaire entre artistes, experts urbains et la population ; en ce sens que « Zaka Flash », un studio mobile de photographie, s’est installé du 20 au 22 juin 2013 dans trois endroits publics assez atypiques, des dépotoirs de la ville de Ouagadougou, pour des séances de photos. L’exposition issue de cette expérience est d’autant particulière, qu’elle se trouve dans la rue. « L’objectif de cette activité est de créer beaucoup plus d’interaction entre les arts, l’urbanisme  et la population,  tout en l’interpellant sur certaines questions de développement », a confié Thekla Worch-Ambara, directrice du Goethe Institut. Le vernissage de cette exposition à ciel ouvert aura d’ailleurs enregistré la présence de certains dignitaires coutumiers du quartier Dassagho.

Jérôme William Bationo

25 juin 2013

Echanges culturels



« Raconte-moi en famille » à Gounghin



Etienne Minoungou
de la compagnie Falinga
Porté par la Fondation Prince Claus et la compagnie Falinga, avec le partenariat de la Fédération du Cartel et des familles de la rue 9-32, un mini festival dénommé « Raconte-moi en famille »  s’est tenu dans le quartier Gounghin. Venus de plusieurs pays du monde, du 17 au 22 juin 2013, différents arts et cultures ont été partagés avec les populations dans cette partie de la ville de Ouagadougou.
Christa Meindersma,
la directrice de la Fondation

 

A travers des ateliers, des projections de films, des installations, des expositions de photographies, de la musique, de la littérature et bien d’autres activités, la rue 9-32 a été le point de convergence des amoureux des arts à l’occasion du mini-festival « Raconte-moi en famille » qui s’y est tenu. Pendant six (06) jours, les festivaliers venus de par le monde ont pris du plaisir à investir quelques cours familiales de Bougsemtenga, à Gounghin,  pour des échanges et diverses installations artistiques. Réalisé en marge de la rencontre annuelle des membres de la Fondation Prince Claus, cet évènement a connu la participation du Pérou, de la Colombie, du Liban, de la Syrie, du Vietnam, de l’Albanie, de la France et du Népal. En effet, cette organisation est un réseau mondial de personnes et d’organisations exceptionnelles dont les actions culturelles ont un impact significatif sur leurs sociétés. Pour Christa Meindersma, la directrice de la fondation, « la culture est un besoin fondamental » ; et c’est en ce sens que, chaque année, les partenaires du réseau se réunissent dans un des pays pour se familiariser avec ses activités culturelles et celles de la région, faire connaissance avec les organisations locales, découvrir et partager leur travail. Le Burkina Faso, par le biais de la compagnie Falinga, membre du réseau, en accueillant ce mini-festival, a offert un aperçu du travail de chacun des partenaires de l’organisation. C’est ainsi qu’il a été montré des films de la Syrie, des photographies du Liban, des légendes d’amour du Népal, des sons de la ville de Hoi Chi Minh, etc. Cette rencontre devait être également l’occasion pour des discussions, des ateliers entre les partenaires de la fondation et les habitants de Bougsemtenga et de Ouagadougou dans le cadre intime des cours familiales d’où le nom « Raconte-moi en famille », a indiqué Etienne Minoungou, membre du réseau. La Fondation Prince Claus croit fermement que la culture est un besoin substantiel, et elle cherche activement des projets culturels innovants et de qualité dans des espaces où les ressources et les possibilités d’expressions culturelles sont limitées ou menacées.

Jérôme William Bationo

Kidal



La cité des Ifoghas

Le nom Kidal de nos jours s’apparente beaucoup plus à la crise qui secoue le Mali depuis mars 2013. Véritable destination touristique, cette localité également appelée la cité des Ifoghas n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis cette dramatique situation. Avec nos amis de l’Office malien du tourisme et de l’hôtellerie (OMATHO) nous avons pu bénéficier d’une brève présentation de cette région du Mali.
 



La région de Kidal est la huitième selon le découpage administratif du Mali. Située à la lisière du désert saharien, elle s’étend sur 260 000 km2 et recouvre principalement le massif de l’Adrar des Ifoghas, d’où son nom de cité des Ifoghas ; sa capitale est la ville de Kidal. A la quête de l’ombre des palmeraies, les tribus touarègues Kel Adagh qui la composent essentiellement, vivent en nomades entre les oasis et les oueds. D’une population estimée à 42 386 habitants en 2012, on y trouve en majorité les Kel Tamacheq, ethnie nomade d’origine berbère, les Bella, les Songhay et quelques Arabes. C’est le principal centre du Tifinagh, une des plus anciennes écritures en Afrique subsaharienne dont on trouve des variantes dans tout le Sahara. Les Touaregs, appelés hommes bleus, sont les maîtres dans ce désert au nord du Mali. Avec une richesse archéologique, lithique et minéralogique, Kidal, à travers quelques sites touristiques et son artisanat, donne à voir les gravures rupestres de l’Adrar datant du Moyen-Age, le site d’Asselar (lieu où fut découvert l’un des ancêtres de l’humanité), etc. L’artisanat, riche et varié, se caractérise par les bijoux d’argent, les sacs en cuir et en laine et le légendaire sabre arabe ; on y découvre également la tente touareg qui fait la fierté des populations de cette partie du Mali. Sur le plan des arts, cette région du nord-Mali est le berceau d’un groupe musical de renommée internationale appelé les Tinariwen. Comme manifestation culturelle on y retrouvait, avant la fâcheuse circonstance, chaque année, à Essouk, le réputé festival du désert. Promptement donc que les différents protagonistes de cette malheureuse situation trouvent une solution pacifique pour permettre aux nombreux amoureux des arts et de la culture à travers le monde de fouler à nouveau cette localité.

Jérôme William Bationo

21 juin 2013

Vient de paraître




“ La palabre des calaos “ d’Aboubacar Lankoandé

Le monde du livre burkinabè vient de s’enrichir avec la venue d’une nouvelle production. Abordant principalement la problématique de la paix en Afrique, cette nouvelle œuvre, intitulée « La palabre des calaos », a été présentée, à travers une cérémonie dédicace, le samedi 15 juin 2013 à Ouagadougou.

 

C’est un monde des grands jours qui a fait le déplacement pour voir « La palabre des calaos » ce samedi matin-là. Placée sous le parrainage de Monseigneur Anselme Titiama Sanon, c’est une cérémonie riche et très variée, avec différentes interventions, qui a consacrée la dédicace de cette nouvelle parution. De son auteur Aboubacar Lankoandé, ce livre est un témoignage de ce qui se passe sous d’autres cieux et se veut un tocsin d’interpellation pour le Burkina Faso. « La palabre des calaos » peint l’histoire d’un pays d’Afrique dont la capitale est Danwaziri ; dans celui-ci la vie courante des populations qui s’égrène dans la misère et la monotonie habituelle est troublée par une série d’évènements extraordinaires : des magistrats  et des avocats se battent en pleine audience, des éléphants et des hippopotames massacrent des soldats, des criquets sèment la panique dans la ville, et des malandrins poussent de paisibles citoyens au massacre. Dans une telle ambiance, des hommes ambitieux et sans scrupule en profitent pour déclencher un pogrome. On assiste alors à un déchaînement de forces qui transforment de banals faits divers en affaires d’Etat, avec des rebondissements improbables. Inspiré par le génocide rwandais, dit-il, à travers cet ouvrage de 340 pages, l’auteur révèle un instantané d’actualités africaines tout en posant la problématique de l’évolution du continent en ce début du 21e siècle. A savoir si l’œuvre constitue des écrits contemplatifs ou un journal du présent, Aboubacar Lankoandé confie que ce livre est un moyen pour lui « d’attirer l’attention des uns et des autres, de tous les contemporains, sur ce qui fait de nos jours le malheur de l’Afrique ; je veux qu’avec les valeurs des fondements africains de dialogue nous revoyons la destinée de nos pays ». Une chose qui ne peut se faire sans l’amour qui, d’ailleurs, était le maître mot à cette cérémonie. Le parrain, par la voix de son représentant, Damo Justin Barro, n’a pas hésité en outre à citer Saint Jean de la Croix qui dit que : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour ». Editée par L’Harmattan, « La palabre des calaos » est disponible en ligne et dans les principales librairies du Burkina au prix unitaire de 36 euros soit environ 23 000 francs CFA. Que les Burkinabè fassent un sacrifice, au vu du coût, pour se l’approprier car, comme le disent les Ecritures Saintes, l’homme ne doit  pas se nourrir que de pain et de vin, mais aussi de « la parole ».

Jérôme William Bationo

13 juin 2013

« Naak naak » : La cause de la cassure


« Naak naak » 
La cause de la cassure

Prévue pour se tenir du 15 février au 30 juin 2013, la saison théâtrale du Cartel continue sa  belle pluie. C’est ainsi qu’elle a arrosé, une fois de plus les amoureux de cet art de la scène, avec une nouvelle création. Intitulée « Naak naak », cette pièce d’environ une (01) heure qui a été présentée dans différents espaces de Ouagadougou du mercredi 29 mai au dimanche 2 juin 2013 dépeint une situation dramatique d'un couple qui est contraint à la séparation pour des différends liés à des pratiques sexuelles.



 Sidiki Yougbaré, le metteur en scène de la pièce
« Naak naak » est une pièce chaude d’un duo, qui raconte l’histoire d’une femme incomprise qui a décidé, à sa manière, de prendre sa destinée en main. Entre hilarité et mélancolie, elle repeint le tableau de l’histoire qui l’a conduite à une situation désespérante. D’un vécu heureux dans son foyer, à la suite d’un refus de certaines pratiques sexuelles avec son conjoint, elle se retrouve imposer une vie d’enfer qui, peu à peu, l’éloignera des réalités de son vécu. En quittant son foyer, elle s’adonne ainsi à la débauche pour, dit-elle, ne pas céder au suicide ou à la dépression ; devenue prostituée, c’est avec amertume qu’elle assume ce statut. « Le message que nous voulons faire passer à travers cette pièce est une interpellation sur les problèmes que rencontrent les couples pour leur épanouissement ; quand on en arrive à une telle extrémité, c’est que la cassure est grande et cela est à déplorer », confie Sidiki Yougbaré, l’auteur et metteur en scène. Cette situation déplorable est arrivée par manque de communication ; et l’objectif, à travers cette représentation, c’est d’inviter les foyers à plus de discussion, a-t-il ajouté. Intégralement en mooré et sous-titrée en français, c’est une production interdite au moins de 15 ans qui se veut choquante au vu des termes et des expressions utilisés. La particularité de cette pièce réside surtout dans sa mise en scène où nous trouvons  un éclairagiste qui est à la fois comédien. Composée de trois personnes, l’équipe de cette création s’envolera pour l’Allemagne, dans les prochains jours, où elle se produira.

Jérôme William Bationo

3ème Vernissage panafricain des arts plastiques



A vos pinceaux pour le prix du public !

Le samedi 1er juin 2013, à l’Institut national de la formation artistique et culturelle (INAFAC), a eu lieu la cérémonie d’ouverture de la résidence de création artistique du vernissage panafricain des arts plastiques. Elle était placée sous le patronage du ministre de la Culture et du Tourisme, Baba Hama, et le parrainage de l’artiste sculpteur Siriki Ky.

La biennale du vernissage panafricain des arts plastiques de Ouagadougou, qui est à sa 3e édition vient de rouvrir ses portes pour le bonheur des artistes plasticiens au Burkina Faso. Pour cette édition, beaucoup d’activités sont au menu : des conférences, des ateliers, des projections vidéo. Du 1er au 14 juin, l’atelier de création réunira différents artistes plasticiens autour de la mise en forme d’une toile à l’INAFAC. Il s’agira pour ceux-ci de créer un cadre d’échanges afin de faire bénéficier de connaissances les nouveaux, les profanes et tous ceux désireux de s’adonner à cet art. Selon le commissaire général du vernissage, Paulin B. Zongo, l’objectif de cette résidence est de promouvoir les arts plastiques au Burkina Faso. De son avis, ce genre est méconnu du grand public qui n’y accorde pas trop d’intérêt. «Les arts plastiques sont les parents pauvres de différentes formes d’art au Burkina Faso», a-t-il relevé. Au terme de cet atelier, il y aura le vernissage proprement dit au centre culturel allemand, le Goethe Institut. Le bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA), en tant que partenaire, donnera une conférence sur le thème de la piraterie et du droit d’auteur en arts plastiques ; ensuite, le Musée de l’eau apportera sa petite expérience sur l’apport de l’eau dans la réalisation d’une œuvre d’art. Une visite au village opéra avec les scolaires du CP1 et du CP2 de Loango agrémentera les activités jusqu’à la remise des prix le 27 juin, ce qui va clore du même coup la biennale des arts plastiques. Démarré en 2009, le vernissage panafricain des arts plastiques, lentement mais sûrement, gagne de la confiance au niveau des autorités et des passionnés de cet art. Nonobstant les difficultés financières qui ont failli entacher la bonne marche de l’événement, le commissaire général reste optimiste. «Au fil des ans, ça prend de l’ampleur. Nous allons doucement vers la réalisation du musée panafricain des arts plastiques. Nous voulons laisser quelque chose pour les générations à venir», a indiqué Paulin B. Zongo. Le représentant du ministre de la Culture, le directeur des arts, Prosper a loué l’initiative des plasticiens. Il a réitéré son engagement à les soutenir pour une plus-value de l’art plastique au Burkina Faso n

 

Lassané Ouédraogo

Vitrine du bronze



Bienvenue dans l’univers de Moussa !

S’il y a un animal qui ne passe pas inaperçu dans la ville de Ouagadougou, c’est bien un lion situé à quelques encablures de la mairie centrale. Lui-même jouxtant un espace qui n’est plus à présenter, La vitrine du bronze, un cadre très connu mais peu fréquenté des Ouagalais. Moussa Ouédraogo est bronzier dans cet espace et c’est avec enthousiasme que nous sommes allé à sa rencontre le vendredi 7 juin 2013 pour la découverte de ce métier.

 

Travailleur du bronze depuis plus d’une quinzaine d’années, Moussa Ouédraogo est également commerçant de ses propres productions. « J’achète chez certains bronziers pour revendre mais, en fonction de la commande, je fabrique les objets moi-même », a-t-il confié d’entrée. Exposant à La vitrine du bronze, d’abord avec son père, il est aujourd’hui propriétaire d’une boutique, où il vend différentes sortes d’articles, dans cet espace qui, de plus en plus, a du mal à survivre. « Mon papa est vendeur de ces objets d’art mais j’ai appris le métier de bronzier petit à petit avec  des amis il y a de cela plusieurs années, car il n’y a pas d’école de formation ici ». L'utilisation du bronze en sculpture remonte à la plus haute Antiquité, depuis au moins le IIIe millénaire avant notre ère. La technique de base n'a pas fondamentalement changé au long des siècles. Après avoir modelé la forme de l’objet en cire, on le recouvre d'un mélange à base d'argile ; ensuite on le fait cuire, ce qui vide la cire, puis on y coule le bronze et il ne restera plus qu'à briser le moule de terre cuite pour voir apparaître l'objet, lequel sera poli pour lui rendre toute sa splendeur, explique Moussa le bronzier. Aujourd'hui encore, cette technique artisanale est utilisée au Bénin, au Burkina Faso et dans d'autres régions d'Afrique. Le travail du bronze était plutôt un art de cour. Toujours, selon la tradition, au 13e siècle, un fondeur venu d'Ifé, région du Nigeria actuel, apprit aux artisans du Bénin l'art du bronze par le procédé de la cire perdue et les artisans du pays des Hommes intègres reprirent ces techniques et les diffusèrent dans le monde entier. De nos jours, ce matériau est beaucoup utilisé pour des trophées et différents objets dans plusieurs cérémonies et manifestations culturelles au Burkina Faso. C’est en cela que des évènements comme le FESPACO et le SIAO sont des opportunités d’écoulement des produits issus de cet alliage.

Comment se porte la bronzerie chez nous ?

Avec une dizaine de boutiques, “La vitrine du bronze“ est née de la volonté des autorités municipales et devait constituer un cadre de promotion des arts plastiques, particulièrement de la bronzerie. Si dans le temps cet espace a constitué un créneau d’écoulement des objets d’art en bronze au Burkina Faso, ce n’est plus le cas avec la prolifération des boutiques à travers la capitale. « Le marché est devenu très lent et nous ne vendons actuellement qu’avec seulement nos anciens clients ; les nationaux paient mais aussi des expatriés avec lesquels nous étions en contact, nous vendons par internet », a indiqué Moussa. Si dans le passé des manifestations telles le FESPACO, la SNC ou le SIAO étaient des occasions pour ces bronziers de tirer leur épingle du jeu, ce ne fut pas le cas ces dernières années, à cause des différents conflits dans la sous-région : « Avec la crise au Mali, les touristes, qui constituaient une bonne part de notre clientèle, ne viennent plus ». Si des espaces comme “Le village artisanal“ arrivent toujours à s’en sortir au vu de leur taille et de la diversité de leurs offres, selon notre hôte, « ce n’est pas le cas à La vitrine du bronze, même si la mairie nous facilite certaines tâches ». Le loyer d’une boutique à “La vitrine du bronze“ est de 5 000 F CFA mensuel et les prix de leurs productions se trouve dans la fourchette de 5 000 à 1 000 000 F CFA. En créant récemment une association, les promoteurs des différentes boutiques de cet espace comptent travailler en synchronisation pour la recherche de solution. Toute-fois, Moussa Ouédraogo lance un cri du cœur à l’endroit des autorités : « Nous voulons que l’Etat nous crée davantage de cadres de promotion, que le ministère de la Culture puisse nous donner, par exemple, une certaine visibilité au niveau international avec ses partenaires ». Si la majorité des trophées des grandes manifestations culturelles au Burkina sont les fruits de ces artisans, il est donc important d’accompagner ce secteur qui contribue à une distinction de notre pays.

Jérôme William Bationo


7 juin 2013

Photographie


Un atelier pour mieux outiller les professionnels du domaine

Tenu du lundi 12 du 24 novembre 2012, c’est sur le thème de l’architecture que s’est déroulé à Ouagadougou un atelier de formation visant principalement les photoreporters et les photographes professionnels.

Organisé par le Goethe Institut en collaboration avec le Centre photographique de Ouagadougou (CPO), c’est une vingtaine de photographes professionnelles, venus principalement du Burkina Faso, du Togo et du Mali, qui a pu bénéficier d’un atelier de formation sur la photographie. Tenu du 12 au 24 novembre 2012 autour du principal thème de l’architecture, cet atelier a pour objectif d’outiller les professionnels du domaine de la photographie en rudiments techniques. Animé par des avertis du domaine en les personnes d’Ullrich Jens, photographe Allemand et Waren Saré du Burkina, cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’une collaboration entre le CPO dont est responsable monsieur Saré et le Goethe Institut. Elle se donne pour ambition de rendre de mieux en mieux professionnel cet art de la photographie au Burkina Faso, à travers la formation des premiers acteurs. « Nous devons quitter le cadre où le photographe n’est sollicité que pour des mariages et des baptêmes pour aller vers une réelle professionnalisation de ce domaine », indique monsieur Saré. C’est en ce sens que le thème qui a été retenu pour cette formation, à savoir l’architecture, est lié à notre univers et au statut de nos pays qui sont en construction, a signifié Ullrich Jens. L’évolution du temps et la modernisation conduisent à la disparition de certaines œuvres architecturales dont le seul souvenir que l’on pourra retenir sera à travers les photos. C’est donc impératif pour ces professionnels de la capture d’image d’avoir les outils nécessaire pour assurer la pérennité de ces merveilles à travers le visuel. Pour Waren Saré ces hommes et femmes de l’image constituent des mémoires vivantes et pourront contribuer à la formation des générations futures au travers de leurs productions. « Il est par exemple arrivé que nous soyons sollicité pour des travaux de recherche et cela ne pourrait pas bien se faire si nous n’étions pas formés », ajoute t-il. Avec plusieurs modules enseignés, des visites de terrains et des échanges, cet atelier devra offrir aux participants l’opportunité d’affiner beaucoup plus leur travail pour des résultats probants. La présence du Mali, où les photographes burkinabè étaient en caravane en 2011, et celle du Togo s’inscrit dans l’optique de la création d’un réseau sous-régional de photographes professionnels.

Jérôme William Bationo

Légende :

1-      Ullrich Jens et Waren Saré, les deux formateurs à cet atelier

2-      Une vue architecturale

Nuit de l'indigo



Une valorisation du savoir faire traditionnel

Après quatre (04) éditions tenues à Cotonou, au Bénin, la 5ème édition de la nuit de l’indigo s'est tenue à Ouagadougou le vendredi 08 février 2013. La promotrice de l’évènement à rencontrer la presse et ses partenaires le lundi 04 février 2013 pour plus de détails sur cette activité qui se délocalise pour la première fois au Burkina Faso.

C’est autour d’une exposition tout de bleu coloré que Nadia Adanlé, initiatrice de la Nuit de l’indigo a rencontré les hommes de média, amis et partenaires pour partager les raisons de cette passion pour cet art traditionnel de la teinture qu’est l’indigo. La Nuit de l’indigo est une activité initiée en décembre 2007 et se présente comme un cadre d’expression de la femme et de la valorisation de ce tissu indigo connu à travers toutes les cultures en Afrique. Cet évènement se veut également une opportunité de préserver l’authenticité liée à cette étoffe qui doit encore traverser des générations, à fait savoir madame Adanlé. « Le travail de l’indigo tend à disparaitre pour donner place à des utilisations de produits chimiques et cela est à déplorer », a t-elle fait savoir. Cette activité qui veut valoriser le travail de la femme se donne principalement pour objectif de contribuer à l’essor de l’autre moitié du ciel. Pour la première fois, en cinq éditions dont les quatre autres se sont tenues à Cotonou (Benin), la Nuit de l’indigo s'est tenue à Ouagadougou avec  plusieurs articulations. Tout d’abord, une exposition de gadgets et d’objets utilitaires fabriqués à partir de l’indigo, du 05 au 11 février 2013 à la Résidence la Palmeraie, qui a fait l’ouverture des festivités. Cette présentation a donné alors suite à une grande soirée le 08 février 2013 qui s'est consacrée au savoir faire vestimentaire à partir de l’indigo à travers un grand défilé de mode. En sus du défilé exclusivement réservé à la tenue d’indigo, la soirée de cette 5ème édition parrainée par Djamila Cabral, Représentante résident de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), devait permettre aussi de collecter des fonds pour venir en aide à des filles-mères et femmes en difficultés. C’est en ce sens que la marraine dira que l’OMS soutien toute œuvre qui tend à la promotion des valeurs humaines et de telles initiatives sont à saluer. Notons que la promotrice, cadre d’une institution internationale, en dehors de ses activités professionnelles s’affiche comme une réelle protectrice des arts traditionnels.

Jérôme William Bationo


Hangar onze, le grenier des artistes plasticiens



Créé en 2006, le Hangar onze est un véritable cadre de libération du génie de plasticien. A l’occasion d’un atelier de création qui s’y est tenu dans le cadre du Carrefour des arts plastiques à Ouagadougou, nous sommes allés à la découverte de cet espace.

Hangar onze (H11) est né du besoin, de jeunes artistes plasticiens, d’un d’espace d’expression de leur savoir faire. Consacré à la création plastique, c’est un lieu de travail, de résidence, d’exposition, de soirées artistiques expérimentales et de stages de formation, ont fait savoir les promoteurs. Porté sur les fonts baptismaux par de jeunes Burkinabè, il a été mis sur pied avec le soutien d’un artiste plasticien français, Pierre Garel. « A la suite d’un atelier de dessin à l’Institut Français avec des jeunes, un groupe est revenu me voir plus tard me proposant de trouver un espace de création et ainsi est née l’idée», relate monsieur Garel. On trouve aujourd’hui dans cet espace les ateliers des artistes tels Sylvo Zoungrana, Hyacinthe Ouattara, Laurent Sawadogo  dit "Lolito", Aimé Césaire Ilboudo et celui de monsieur Garel lui-même. On y rencontre essentiellement de la sculpture et de la peinture de différents styles utilisant divers matériaux. Le H11 accueille en résidence des artistes contemporains de toute nationalité, et des plasticiens locaux viennent également y travailler, peut-on constater. « Pendant la crise en Côte d’Ivoire nous avons même reçu des artistes ivoiriens », confie Sylvo Zoungrana. Dans le cadre du Carrefour des arts plastiques, le H11 a proposé un atelier de création qui a duré quatre (04) jours. En effet, du 20 au 23 octobre 2012, les artistes venus à cette fête des arts ont pu travailler dans ce site autour de trois (03) thèmes à savoir le patchwork quotidien, bruit et silence, sécheresse et inondation. Isabelle Hainzelin en résidence de création, venue de la Lorraine (France), pour l’occasion a pu apprécier les potentialités de ce centre ainsi que celles des hommes qui le gère, a-t-elle fait savoir. Les arts plastiques ne sont pas reconnus au Burkina Faso, regrette Pierre Garel avant d’ajouter « nous travaillons avec les limites qui sont liées à notre statut et à nos moyens ». A défaut d’une école des beaux arts, l’Etat burkinabè devrait donc songer à l’accompagnement de ces différents centres qui portent fièrement les couleurs du pays hors de nos frontières, est-on tenté de dire.


 

Jérôme William Bationo

14 nov. 2012

Article gangant du Concours du meilleure critique d'art
dans le cadre du "Carrefour des Arts Plastiques" 2012

Des fourmis et des hommes

Dans le cadre du Carrefour des arts plastiques de Ouagadougou qui se déroule du 19 octobre au 11 novembre, la villa Yiri Suma accueille les œuvres de trois peintres togolais dont celles d’Adokou Kokouvi. Il s’agit de neuf toiles qui montrent des fourmis dans des scènes anthropomorphiques. Un théâtre drolatique et satirique.
Arthur Rimbaud disait dans les Illuminations : « Dans  un grenier où je fus enfermé à douze ans j’ai connu le monde, j’ai illustré la comédie humaine ». Il suffit parfois de promener le regard dans un réduit ou sur une petite parcelle de terre pour arriver à l’intelligence du monde. En posant un instant les yeux sur le sol, l’homme découvre que sous sa godasse, il y a  un univers grouillant de vie, beaucoup d’êtres industrieux et organisés. C’est ce qu’a fait Adokou Kokouvi, un jeune peintre  togolais, pas encore trentenaire, qui vit et travaille à Ouaga depuis trois ans. Enfant ayant grandi au village, il lui arrivait de s’allonger dans l’herbe, d’’approcher le nez du sol pour assister à un spectacle fabuleux. Des fourmis passant leur chemin par milliers, luttant avec des charges plus lourdes qu’elles,  tellement obstinées, passant tous les obstacles,  et allant et venant dans une longue marche vers la fourmilière. Ces  lilliputiens  que nous piétinons sans voir, il a décidé d’en faire les personnages d’un opéra comique en neuf tableaux. Comique parce qu’il les croque dans des attitudes anthropomorphiques inattendues. Ainsi sur la toile baptisée « Le Couple » on voit un couple de fourmis, les yeux plongés dans la lecture d’un journal, l’autre « La Causerie » met en scène des fourmis dans une discussion fort animée au vu de la posture et de la physionomie  des protagonistes, ailleurs, la reine de la fourmilière est entourée de quelques personnages à la mine  patibulaire, certainement la garde rapprochée.

Le trait de l’artiste est assez proche de la caricature par l’exagération dans l’esquisse de  certains traits morphologiques. Les yeux sont deux globes fendus d’une incise posés sur la tête, la bouche est ronde comme un O ou allongée d’un dard, les pattes se terminent  en sabot ou en soulier. Il y a quelque chose d’enfantin dans ces dessins qui rappellent les  bonshommes que peignait Jean Marie Basquiat, le prodige haïtien précocement décédé.
Sur ces toiles, Adokou kokouvi recourt à de coupures de journaux, du papier mâché et  des pigments. Il écrit aussi des fragments de texte au pastel dont on peut décrypter quelques lettrines ou  mots mais  l’ensemble se perd dans le gribouillis. Ces tableaux sont aérés, diffusent quelque chose de lumineux car le noir et le gris sont atténués par des pointillés de bleu, des bandes de jaune ou des tirets rouges.

L’idée d’accrocher cet opéra fabuleux au niveau du premier étage de la maison a été heureuse et aussi celle de mettre les neuf tableaux dans un carré de trois tableaux sur trois, cela oblige le regardeur à lever les yeux au ciel. Une façon de dire que l’art a le pouvoir d’inverser les rôles. L’homme ne baisse plus le regard pour voir les fourmis, il est contraint de rejeter  de lever la tête pour le voir. En outre, pour mieux voir ses toiles dans le détail, le spectateur doit monter l’escalier en colimaçon et même se  pencher quelque fois dans le vide dans une position inconfortable. L’art  inverse ainsi le rapport de domination.
Ce regroupement des toiles autorise aussi  des associations et  génère un récit interprétatif des neuf toiles comme une unité. Ainsi, ces toiles font songer à une fourmilière avec ses différents niveaux, ses soldats, ses ouvrières, sa reine et ses galeries, ses entrepôts, ses systèmes d’aération et d’évacuation des déchets. Et cette  fourmilière suspendue fait penser à un  HLM avec ses appartements, ses locataires. On a l’impression de coller le nez à la vitre d’un appartement et d’observer les locataires dans leur vie quotidienne. Et là est justement la satire sociale ! Car un HLM n’est pas une fourmilière. Chaque appartement est une cellule étanche, chaque famille est une île défendue par ses quatre murs. Ainsi, en prenant prétexte de la myrmécologie, le jeune peintre fait une subtile critique de  la destruction du lien entre les hommes.

En invitant  les fourmis sur ses toiles,  Adokou kokouvi nous rappelle que nous cohabitons avec d’autres espèces et que nous avons même des leçons à prendre avec le monde animal. Une démarche écologiste et critique de la part d’un jeune artiste dont la technique est intéressante et prometteuse. Toutefois, l’influence de Jean Michel Basquiat est trop présente dans ces toiles ; il faut donc espérer que l’artiste se débarrasse d’une telle tutelle et  trace sa propre route. Comme une fourmi !

Saïdou Alcény BARRY


L’appel à la paix de Kossi Afanou
Peintre togolais présent à Ouagadougou dans le cadre du Carrefour des Arts plastiques qui se tient du 19 octobre au 11 novembre 2012, Kossi Afanou expose à l’espace de la Fondation Bras 0uverts. L’œuvre qu’il présente au grand public est assez emblématique par son contenu que par l’explication qu’il en donne. Porté à notre regard, cette peinture suscite de la critique.

A travers son œuvre « Où va le monde ? » Kossi Afanou décrit la place de la religion dans la récurrente problématique de la paix. Jeune peintre autodidacte, Kossi est né en 1986 au Togo, où il a fait ses premiers pas en arts plastiques dans la ville de Lomé. Après quelques expositions dans ladite ville avec notamment l’Association Jav et la structure « Do it », le jeune Afanou est à son premier voyage à l’international avec ses productions. Dans toutes ses créations, Kossi travail essentiellement avec des matériaux comme la toile, la peinture à huile industrielle, l’acrylique et des colorants naturels. S’inscrivant dans le style semi-abstrait, dans ses productions il n’aborde que des thèmes de société, a-t-il fait savoir. Dans l’œuvre qu’il expose, également intitulée « La paix », il nous parle de la place de la religion dans le monde actuel et son rôle dans la sérénité dont a tant besoin l’humanité. Cette œuvre de Kossi Afanou aussi remarquable soit-elle et bien que fournie en symbolisme se trouve être une production surchargée, peut-on noter. Sur cette fresque où nous pouvons apercevoir plusieurs symboles religieux, des traces de mains ensanglantées, une empreinte de pied, le tout exposé sur un fond en assortiment de couleurs rouge, sombre, tantôt claire par endroit, l’artiste, à travers le vocabulaire de plusieurs éléments, essai de caricaturer une société mal-en-point où la religion occupe une place importante. Les divers symboles religieux clairsemés sur la toile montrent la dispersion et la présence des religions dans les différentes sphères de la société. C’est à cet effet donc que le peintre les tient pour responsables des divers troubles qui secouent la terre. Le symbole de la lune et de l’étoile à cinq (05) branches, représentant ici l’islam, est le mieux visible sur le tableau, et celui pour le christianisme représenté par un poisson est à peine remarquable ; ce qui suscite une interrogation en ce qui concerne la place qu’occupe, aujourd’hui, ces deux (02) religions aux yeux du monde. Cependant, le chandelier à sept (07) branches symbolisant le judaïsme et les autres symboles religieux quant à eux, ont de relatives présentations assez discernables. Les traces de mains ensanglantées sont, pour l’auteur, celles des jeunes du monde qui aujourd’hui se trouvent au milieu d’une situation de crise généralisée dont ils ne sont pas responsables, mais devraient braver l’adversité pour ramener l’équilibre. L’empreinte de pied quant à elle, symbolise l’humain, et sa position relativement centrale sur la toile montre que l’Homme est au centre de toutes les préoccupations, mais également que celui-ci est l’auteur de tous ces tourments. Elle symbolise également un pas vers plus ou moins le renouveau. Pour la combinaison des couleurs sombre et rouge sang, en fond, elle dépeint la situation chaotique dans laquelle baigne toute l’humanité. Mais qu’à cela ne tienne, l’espoir est permis avec les couleurs jaune claire et blanche représentant la lumière qui se laisse percevoir par endroit. Dans son ensemble, on est tenté de dire que cette œuvre est teintée d’ironie, car autant qu’elle fasse appel à la paix, son ambiance générale est une représentation du chaos.
 
Bélélé Jérôme William Bationo

« L’Alliance familiale »

« Carrefour des art plastiques » organisé du 19 octobre au 11 novembre 2012 à Ouagadougou. Une rencontre du donné et du recevoir. D’un côté, le public, plus ou moins connaisseur et essentiellement ouagalais, de l’autre une plate-forme commune de promoteurs d’arts plastiques (Goethe-Institut/Bdl, Institut français, Hangar 11, Villa Yiri Suma, espace Napam Beogo et Fondation Bras ouverts). La magie des couleurs accroche le regard comme l’arc-en-ciel. Le professeur Yacouba Konaté, critique d’art averti venu des abords de la lagune Ebriée initie un groupe de journalistes à la critique d’art.   
À la Fondation « Bras ouverts », le tableau « L’Alliance familiale » de Da Costa, un jeune peintre togolais retient l’attention. Il est accroché, comme s’il l’était de façon définitive dans un jardin. C’est une belle pièce d’art mural réalisée avec de la peinture acrylique sur un support de bois qui se lit aisément sur un pan de mur dont la couleur semble avoir pris, exprès, de l’âge. Le mur, teinté de l’humus de la terre nourricière intègre cet élément étranger surgit de l’imagination créatrice d’un peintre enraciné dans les traditions picturales et cultuelles de l’Afrique. Le matériau choisi comme support, du bois composite, fait de planches usitées, de chutes d’atelier de menuiserie, donne à l’ensemble un relief différencié à l’exemple des portes en planches de bois des cases de ces villages africains où cette matière abonde. L’ensemble est bien rendu dans un style semi figuratif, plaisant à regarder, proportionné, presque symétrique par l’occupation spatiale des personnages, sept au total, dont un enfant au milieu de six figures adultes.
Son auteur, la trentaine révolue s’appelle Kwami Paul Da Costa à l’état civil. Lui-même fruit d’un métissage, le jeune Da Costa dont le nom rappelle étrangement la présence des navigateurs portugais sur les côtes du Golf de Guinée depuis le XVe siècle est issu d’une famille chrétienne au cœur d’une cité majoritairement haoussa et musulmane : Agoè Digo, à la lisière de la frontière bénino-togolaise. Le peintre use de son histoire personnelle comme d’une muse. « Nous sommes différents, certes, mais unis dans la vie de chaque jour aux autres dont nous dépendons et qui dépendent de nous », d’où l’idée de famille, ici représentée par des personnages dont on identifie aisément les silhouettes longilignes et figées dans le temps, bouche bée, comme des fétiches cultuels dans nos concessions ancestrales.

L’œuvre de Da Costa se présente également comme le fruit d’une méditation sur le présent et le devenir de cette famille africaine traditionnelle. « C’est au bout de l’ancienne corde qu’il faut tresser la nouvelle » dit la sagesse des anciens. Mais aujourd’hui, les cordes qui symbolisent les liens familiaux et qui enserrent les planchettes de bois entre elles fait de l’ensemble un tout, dans un état de solidité peu rassurant. À l’exemple de la coloration un peu « inconfortable » de l’ensemble du tableau. C’est le doute qui s’installe au cœur de la famille africaine dont les intellectuels ventent encore la solidarité légendaire. De plus, les liens familiaux ne sont pas toujours garants de joie et de sérénité dans les foyers. Le peindre y remédie en optant de montrer des couples monogames, car croit-il, la polygamie est source d’instabilité dans les familles africaines. Les vicissitudes que traverse la famille aujourd’hui ne sont pas toujours dues à des influences néfastes venues de l’extérieure. L’Afrique porterait en elle-même les germes d’auto destruction de ses valeurs cardinales. Pour exprimer le malaise, l’artiste choisit des tonalités sombres et tristes.
Si les contours du haut du sont clairement découpés et donnent à distinguer des têtes humaines, le bas du tableau se fige en un relief tourmenté, fragmenté, déchiqueté et donc fragilisé, qui inspire l’impression d’instabilité d’une société déstabilisée sur ses assises. Où trouver un socle stabilisateur ? L’auteur propose une forme d’éclairci ici représenté par l’enfant au cœur de la concession et de la cellule familiales. L’espoir renait. Serait-ce la reproduction d’une scène de Noël (un enfant sauveur) dans le subconscient de l’artiste issu d’une famille christianisée depuis au moins dix générations ? On remarque aussi des taches de couleurs noire, blanchâtre et rouge sur la planche centrale du tableau. Ce sont les trois couleurs fondamentales de l’Afrique. La couleur noir symbolise le sombre passé de l’Afrique, la blanchâtre la lueur d’aube que connait le présent d’une Afrique pourtant en crise. Le rouge, symbolique de la vie et du soleil, exprime la foi en l’avenir de l’Afrique. Cette petite touche rouge donne de la valeur ajoutée à l’ensemble du tableau.

                                                                                                                         Thomas Dakin POUYA
                                                                                        

Legende:

Da Costa (Togo), « L’Alliance familiale », Fondation « Bras ouvert », Ouagadougou 2012.

"L’artiste face à la couleur de la peau" de Sylvo Zoungrana (2009)

Description de l’œuvre
Nous avons avec nous un tableau de Sylvo de son vrai nom Sylvestre Zoungrana. C’est un tableau qui date de près de quatre ans peint à des « moments de délires du peintre » en empruntant ses propres termes. L’œuvre est peint en huile sur un drap de lit, de motif fleuri venant d’Europe et est exposée à l’espace Hangar 11 à Ouidi dans la capitale burkinabé à l’occasion de la fête « Carrefour des arts plastiques ».
 Nous voyons sur la peinture les postérieurs mis à nu d’une femme et couverts d’un voile transparent. Entre les jambes de la dame se trouve une tête à la chevelure tressé regardant le sol, avec un air de gêne. Sur une dimension de 70cm sur 50cm, la couleur dominante du tableau est le jaune et son titre est « l’artiste face à la couleur de la peau ».Nous sommes au XXIème siècle dans la période des arts contemporains ; la lecture des couleurs n’est plus transversale. Néanmoins, on peut bien dire que le jaune est de la famille des couleurs chaudes, couleur qui insinue la sérénité. 
 
Le sens pour l’auteur
Sylvo est un peintre autodidacte burkinabè. Il s’est fait connaître de ses pairs par la force du travail. Ses œuvres sont inspirées de son vécu quotidien et de son imagination pour retracer un évènement ou de produire des œuvres en fonction des thèmes bien défini. Le tableau que nous présentons est inspiré de la vie quotidienne de l’artiste. C’est une œuvre d’interpellation. Il invite ses camarades artistes qui cherchent la réussite sous la jupe de nos sœurs de peau blanche à changer de cap.
Ces artistes en majorités se distinguent par les coupes de leurs cheveux ; ils ont adopté le style rasta.
Avec cette œuvre, Sylvo affirme que la réussite venant de la jupe d’une femme n’engendre que gêne et frustration. Il exhorte alors ses frères à l’accompagner dans sa démarche, une démarche qui se distingue par le travail.
 
L’ambiguité du tableau
Le tableau de l’artiste Sylvo Zoungrana n’est pas aisé à comprendre d’emblée. Il est même ambigu. D’abord, les postérieurs nus ne nous renseignent pas sur la couleur de la peau de la dame ; elle est même proche d’une femme de peau noire.
Cependant, l’artiste Sylvo veut qu’on voie en cette dame une personne de la peau blanche en s’appuyant sur le voile qu’il juge être un mode, un style d’habillement occidental.
Ensuite, la tête sous la cuisse de la femme porte des tresses des femmes africaines, ce qui laisse croire que c’est la tête d’une femme mais non, le peintre dit représenter la tête d’un rasta, d’ un homme ; ce qui est difficilement détectable sans le commentaire de l’artiste.
Enfin, ce tableau ainsi peint n’est pas destiné à la décoration interne de maison ; l’exposé au- dehors et l’interprété comme le veut l’artiste peut entrainer des frustrations chez les européennes et le discrédit chez les artistes rasta. Au   vu du support utilisé, l’artiste pourrait faire une œuvre de plus belle facture surtout que c’est un artiste qui travaille beaucoup sur le corps. Quoi qu’on dise, il faut que l’art nourri l’artiste.
 
Perspective pour le tableau
On peut se demander pourquoi Sylvo, peintre du corps et de belle image comme il nous a fait savoir n’a pas fait de une œuvre un produit naturaliste  c’est- à- dire en ne faisant pas apparaître la tête et accordé au voile son sens premier. Ainsi, ce sera un tableau d’ornement interne et sensuel pour les naturalistes. On pourrait alors le titré « cœur de la Nature ».
 


Waliou A. ADEGUEROU